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Critiques rédigées par jerome

 

Béatrice (Joris Mertens)

note: 4Un tour de force ! jerome - 4 juillet 2020

Wow ! Voilà un album qui aura réussi à me surprendre par bien des aspects !

Tout d'abord c'est la qualité du graphisme de Joris Mertens qui a un je ne sais quoi du Jean-Louis Tripp de "Magasin général" mais avec une touche toute personnelle, proposant dans une même case ou planche, tantôt un trait proche de l'esquisse, tantôt un trait affirmé, subtil et marqué sur les détails qu'il veut mettre en avant. Vient ensuite sa colorisation qui pour les besoins de son récit alterne entre le noir et blanc et des couleurs très chaudes qui donnent à ses planches des ambiances impressionnantes. Et c'est enfin l'expressivité de ses visages (et je peux vous dire qu'il y en a ! Ses scènes de foules dans la rue, les transports en commun, les magasins ou encore les bars) qui m'a scotché ! Il faut dire que quand on se lance dans une BD sans texte il faut savoir faire passer beaucoup de choses avec son coup de crayon, et Joris Mertens m'a impressionné de ce côté !

Quant à l'histoire, dur d'en parler beaucoup sans dévoiler ce qui fait tout le charme et la force du récit. Si j'ai été rapidement pris par les ambiances et les planches qui nous racontent le quotidien de Béatrice, cette jeune vendeuse qui travaille dans un rayon d'accessoires vestimentaires dans un grand magasin du genre "Galeries Lafayette", j'avoue que je ne voyais pas vraiment où tout cela allait nous mener... C'est là que le basculement survient en milieu de l'album et que le récit prend une toute autre voie jusqu'au final qui donne envie de relire l'album.

Une franche réussite et un petit tour de force pour cette BD qui sans texte réussit à nous mener par le bout du nez jusqu'à sa conclusion !

Flipette & Vénère (Lucrèce Andreae)

note: 4Un regard perçant sur la jeunesse et notre société jerome - 4 juillet 2020

Voilà un album qui aura eu le don de me surprendre et de me séduire au fil des pages ! Je ne partais pourtant pas spécialement conquis par ce graphisme minimaliste aux couleurs tranchées et acidulées, mais comme quoi ne pas franchir le pas d'une lecture en restant sur une vague impression vous ferait passer à côté d'un album bien senti.

Et c'est le cas de celui-ci, réalisé de bout en bout par Lucrèce Andreae. Voilà 339 pages d'une relation entre deux sœurs que tout oppose mais qui vont devoir composer par nécessité. Clara (Flipette), est envoyée par sa mère sur Paris pour s'occuper de sa sœur Axelle (Vénère) après un accident de scooter. Le hic, c'est que les deux sœurs ne se sont pas vues depuis un bail, Vénère ayant quitté le carcan familial dans un claquement de porte, rejetant le modèle "petit bourgeois" qu'on devine au travers du personnage de Flipette. Cette dernière suit un fil tout tracé d'études artistiques dans la photographie ; elle doit préparer une nouvelle exposition mais manque cruellement d'inspiration.
Les retrouvailles sont forcément explosives, et le choc des deux univers fait des étincelles. Car notre Vénère mène un mode de vie tout en rébellion, proche du squat, avec une équipe de potes qui sont de toutes les manifs et contestations. Son QG, c'est la Pieuvre, une sorte de centre social auto-géré ; c'est là que Flipette va remplacer Vénère et rencontrer toute une kyrielle de loulous tous plus déjantés les uns que les autres et se retrouver dans des situations auxquelles elle n'est vraiment pas habituée.

Au-delà de cette relation de famille somme toute assez banale, on s'est tous pris la tête à différents degrés avec des membres de notre famille, Lucrèce Andreae dresse le portrait d'une jeunesse contemporaine tiraillée entre engagement et autruche assumée. Ajoutez à cela une réflexion sur l'art subtilement distillée à travers le travail photographique de Flipette qui va permettre de (re)tisser des liens, qu'ils soient familiaux ou avec ces exclus du monde normatif qui nous entoure et on se retrouve au final avec une fresque très pertinente de notre société.

Alors oui, le dessin en refroidira sans doute plus d'un de prime abord, mais franchement, passez le pas et laissez-vous tenter, cet album vaut vraiment le détour de par sa justesse et son intelligence.

In waves (A. J. Dungo)

note: 4Un album puissant jerome - 2 juillet 2020

Moi qui ai un attrait profond pour l'océan et qui aurais le plus grand mal à habiter à plus de 2kms de ses côtes, j'ai vraiment aimé cet album.
Non pas seulement parce que la mer et sa "mécanique" y jouent un rôle central au travers du surf d'ailleurs, mais bien grâce à tous les artifices qu'a su déployer Aj Dungo pour construire ce roman graphique.

Car avant tout, ce qui marque quand on ouvre cet album c'est son graphisme singulier si épuré. Pour le peu que j'en ai pratiqué, l'art des sports de glisse repose sur un fil tenu avec lequel il faut composer et qu'il ne faut pas rompre. C'est ce feeling subtil et difficilement explicable qui permet de garder l'équilibre nécessaire à l'exercice. Aj Jungo en nous racontant son expérience y parvient de façon subtile et merveilleuse, tout en nous narrant l'épreuve la plus difficile de son existence : la mort de sa petite amie atteinte très jeune d'un cancer.

Tout en retenue, tout en justesse, il sait trouver les lignes et les signes pour poser sur ses planches son histoire, cet amour et le déchirement dû au décès de Kristen. Comme il le dit si bien, le deuil est à l'image de l'océan et de ses vagues perpétuelles sur lesquelles il faut savoir s'abandonner pour mieux en tirer parti et reprendre élan sur la suivante. Son trait minimaliste mais très évocateur nous ramène à l'essentiel, tout comme sa colorisation ramenée à deux couleurs qui marquent les deux faces d'un même récit ; le bleu quand il s'agit de sa vie avec Kristen, le sépia pour tout ce qui renvoie à la part historique du surf.
Avec "In waves" Aj Dungo tient de la plus belle des manières sa promesse faite à Kristen et nous la fait partager de façon sensible. Une réussite.

Zaroff (François Miville-Deschênes)

note: 4Joli trophé ! jerome - 2 juin 2020

Sans connaître ni la nouvelle « Les chasses du comte Zaroff » de 1924, ni le film qui en fît l’adaptation en 1932, Sylvain Runberg et François Miville-Deschênes nous proposent avec cet album une « suite » palpitante et sans temps morts. Pour les morts « tout court », c’est autre chose, car dans cette chasse à l’homme où le chasseur devient chassé, tout concourt (hommes, nature, animaux et éléments) à cette dramaturgie montant crescendo qui laissera sur le pavé plus d’un protagoniste.

Le comte Zaroff a fui la révolution russe pour s’installer sur une île au large du Venezuela. C’est là qu’il s’adonne à sa passion, la chasse, et tout particulièrement la chasse à l’homme… Sa dernière partie ayant envoyé ad patres un chef de gang irlandais, la fille de ce dernier va pour se venger enlever la famille de la sœur du comte et organiser sur son île une chasse à l’homme. Les rôles s’inversent, le chasseur devient la proie…

Le rythme narratif est intense, on est happé par cette partie de chasse dans un cadre exceptionnel. L’île de Zaroff est un personnage en soi tant elle impose de par sa nature, ses reliefs et sa faune une ambiance et sa loi. Zaroff en maître des lieux sait en tirer le meilleur parti et son instinct de survie va le pousser dans ses retranchements pour faire face à ses nombreux poursuivants…

Le dessin de François Miville-Deschênes est parfait pour ce récit et même impressionnant dans ses décors naturels. Quel rendu pour la jungle et le bestiaire qui la peuple ! Sa colorisation est aussi très réussie et nous propose des atmosphères intenses, surtout quand les éléments se déchaînent.

Voilà donc une « suite » originale et intense de grande qualité !

Le patient (Timothé Le Boucher)

note: 4un thriller psychologique magnifique ! jerome - 19 mai 2020

C'est avec ce second album de Timothé Le Boucher que je découvre le talent de cet auteur, je n'ai pas lu son premier "Ces jours qui disparaissent" qui a séduit grand nombre de lecteurs et contribué à faire sa renommée.

Dans cet album Timothé Le Boucher nous embarque dans un thriller psychologique tendu qui va se jouer entre un jeune homme de 21 ans, Pierre Grimaud, qui vient de passer 6 ans dans le coma. Il est en fait le seul survivant du massacre d'une famille entière ; c'est sa sœur qui a été arrêtée arme à la main le soir de la tuerie et qui s'est suicidée plus tard. A son réveil Pierre Grimaud reste très affaibli physiquement et souffre d'amnésie partielle ; il va donc suivre une thérapie avec le docteur Anna Kieffer, psychologue spécialisée en criminologie, qui a déjà travaillé sur l'affaire au moment des faits.
C'est donc toute cette reconstruction et la découverte petit à petit de ce qui s'est passé ce soir là qui constitue le nœud du récit, ainsi que la personnalité de Pierre. Le récit est très bien construit en jouant beaucoup sur la psychologie des personnages principaux ou secondaires et les ambiances que posent le trait et la colorisation de Timothé Le Boucher nous embarquent pleinement dans son histoire. On se laisse prendre à ce jeu du chat et de la souris sur fond macabre, jusqu'au retournement final de l'histoire qui pourra laisser certains lecteurs dubitatifs, mais qui au final nous oblige à réfléchir à la complexité de ce personnage...

Voilà un très bon album qui grâce à son graphisme élégant et un scénario bien pensé vous entraînera dans les méandres du cerveau d'un personnage complexe...

Oblivion Song - série en cours n° 2
Le chant de l'oubli (Lorenzo De Felici)

note: 4Tip top ! jerome - 17 avril 2020

Voilà donc ce deuxième tome tout aussi attendu que le premier, histoire de savoir si tout ça allait tenir la route. Et bien on peut dire que l'essai est plutôt transformé et le pari gagné pour ce qui me concerne.

Robert Kirkman en profite pour approfondir la psychologie de ses personnages tout en maintenant une tension narrative intense avec des rebondissements intéressants. Surtout qu'au sortir de ce nouvel album un mystère encore plus grand commence à prendre consistance... Kirkman sait construire une histoire et nous tenir en haleine !

Côté dessin, on reste sur la même ligne efficace et tranchée du premier tome qu'impose Lorenzo de Felici, et ma foi moi j'aime bien son style nerveux et marqué.

Il ne nous reste plus qu'à attendre la suite pour comprendre vers quel nouveau mystère Robert Kirkman veut nous emmener vadrouiller...

Oblivion Song - série en cours n° 1
Le chant de l'oubli (Lorenzo De Felici)

note: 4De la très bonne SF ! jerome - 17 avril 2020

Scénariste de la série au succès mondial Walking Dead, Robert Kirkman était forcément attendu au tournant avec cette nouveauté sortie en avant première mondiale chez Delcourt. Il sort du registre fantastique/horreur/psychologie pour nous plonger cette fois-ci dans de la bonne grosse SF, accompagné au dessin de Lorenzo De Felici. (qui collabore actuellement à Infinity 8)

Et bien on peut dire que ça a du mordant, du rythme et que ça en jette ! Nos auteurs ne prennent pas le temps de faire les présentations et nous nous retrouvons embarqués en pleine chasse à l'homme dans un monde post-apocalyptique où des créatures monstrueuses et gigantesques rôdent à tout va... Si c'est l'action qui ouvre le bal, c'est ensuite le mystère qui s'installe et va nourrir une bonne partie de l'intrigue. Car au bout de 10 pages, retour dans notre monde à Philadelphie dans un futur proche. Le "chasseur" que nous suivions vient en effet d'y "réapparaître". Sauf qu'un "léger" détail a bouleversé la donne de cette ville il y a dix ans : 300.000 de ses habitants ont été happés dans une autre dimension. C'est de là que revient Nathan Cole, le seul qui essaye encore de retrouver des survivants dans cet autre monde grâce à la technologie qu'il a réussit à développer. Le gouvernement, après avoir tout tenté pour les sauver a fini par baisser les bras ; pas lui... car son frère fait parti des disparus.

Voilà donc une série qui démarre sur les chapeaux de roue en sachant captiver son lecteur ! J'ai dévoré cet album. L'intrigue et les personnages sont plutôt fouillés et la narration impeccable. On avale ces 150 pages sans s'en rendre compte. Quant au dessin de Lorenzo De Felici marié à la mise en couleur d'Annalisa Leoni, il fait plus que taff ! Si cette colorisation un peu peps surprend au début, il trouve à mon goût un équilibre intéressant avec l'encrage assez épais de Lorenzo De Felici. Comme de nombreux comics l'album découpé en chapitres propose des cadrages et des découpages de planches bien pensés qui donnent un élan et une énergie qui portent le récit. Mention spéciale aux pleines pages ou "cases géantes" qui servent la tension et le rythme à merveille.

Orcs & Gobelins n° 4
Sa'ar (Bojan Vukic)

note: 4Vous avez dit "ambition" ??? jerome - 17 avril 2020

Sa'ar est un gobelin des marais. Sa vie se déroule tranquillement jusqu'au jour où un des gobelins chassés de leur clan revient accompagné d'une horde d'orcs esclavagistes qui va décimer son clan et réduire les survivants en esclavage. Dans le nouveau monde que Sa'ar découvre, seuls les forts survivent... A partir de là, sa vie sera vouée à se sortir de ce bourbier et prendre la place du maître de la cité.
Ce petit côté "Iznogoud des marais" version sanguinolente et sans pitié m'a vraiment bien plu. La trame scénaristique s'installe tranquillement pour monter progressivement en puissance et se terminer par un twist assez bien vu qui conclut l'album de façon originale ; Nicolas Jarry a de la ressource et son scénario est plutôt bien construit. Les personnages sont bons, la progression et la montée en tension aussi, avec cette petite facétie finale qui m'a beaucoup plu en prime.
Ajoutez à cela le dessin de Bojan Vukic et Paolo Deplano qui sait se fondre dans le genre et assurer le taff juste ce qu'il faut pour passer un bon moment de lecture.

Voilà un quatrième tome réussi qui a toute sa place dans cette collection qui jusqu'ici tient plutôt ses promesses.

Orcs & Gobelins n° 2
Myth (Giovanni Lorusso)

note: 4Le "casse du siècle" ! jerome - 17 avril 2020

Avec ce 2e opus réalisé par Sylvain Cordurié et Giovanni Larusso, nous voici largués dans les pattes griffues d'un gobelin dénommé Myth. Et le moins qu'on puisse dire c'est que l’énergumène rassemble à lui seul les caractéristiques innés de cette engeance : une belle saloperie prête à tout tant qu'on peut s'en mettre plein les fouilles et coller quelques coups de rapière au passage !

Embauché par une riche épouse de la cité, Myth doit de nouveau fuir une équipe de mercenaires lâchée à ses trousses. Mais cette cavale n'est en fait qu'un "vulgaire" entretien d'embauche pour une mission beaucoup plus redoutable : dérober un cristal dans la cité des Elfes Noirs, autant dire mission impossible.

C'est donc le récit de ce "casse du siècle" que nous proposent nos deux auteurs, le tout mené tambours de guerre battants, avec l'humour et le sanguinolent qui va avec. Comme dans le premier tome de cette série le scénario est aussi fluide qu'une lame d'elfe noir et percutant qu'une baffe d'orc bien sentie. C'est du grand divertissement à coup de torgnoles, trahisons et autres surprises du chef fatales dans un univers fantasy bien campé relevé à coup de dialogues cinglants. Bref, du bon boulot !

Voilà donc un second tome qui assoie un premier opus déjà très réussi.

Orcs & Gobelins n° 1
Turuk (Diogo Saïto)

note: 4Quel rythme ! jerome - 17 avril 2020

Après les séries « Nains » et « Elfes » le monde des Terres d’Arran s’étoffe et prend des couleurs virant sur le vert : voici venir « Orcs & Gobelins » dont le premier tome va nous trainer sur les pas de Turuk. Jean-Luc Istin continue d’assurer le scénario de cette nouvelle série avec cette fois-ci pour comparse Diogo Saito que je ne connais pas. Moi qui appréhendais un peu ce nouvel arc ajouté à cet univers, je sors plutôt conquis par ma lecture : job done !

Turuk, orc de son état se réveille complètement sonné dans les ruelles d’une ville, sans trop se rappeler ce qui lui est arrivé la veille. Cette cité semble abandonnée, et comble de tout celui-ci va rapidement devenir la cible d’un archer « invisible ». La mémoire va lui revenir petit à petit, mais ce n’est pas ce qui va le rassurer et lui permettre de s’échapper du bourbier dans lequel il s’est fourré...

La première bonne surprise tient d’abord au coup de crayon de Diogo Saito. Que ce soit, les personnages, les créatures fantastiques ou les décors, ça claque plutôt bien ! Et en fantasy ça compte pour moi si je veux me laisser surprendre et pleinement immerger dans l’univers dans lequel on m’entraîne. La seconde, c’est le rythme haletant de ce tome. Pas le temps de reprendre son souffle !!! De déconvenues en péripéties, de bastons en rencontres inattendues, Istin sait captiver son lecteur ! Alors, oui, la grande partie des ingrédients ne sont pas nouveaux, mais savamment dosés et agencés. Et moi, pour ce genre de lecture, je n’en demande pas plus. Car quand ces deux éléments fonctionnent aussi bien de concert, je passe un très bon moment de lecture.

Alors, avis aux amateurs du genre, ce nouveau cycle s’annonce pour le moment des plus prometteur !

Bolchoi Arena - série en cours n° 2
La somnanbule (Aseyn)

note: 4quel punch ! jerome - 17 avril 2020

BAM ! Ce 2e tome enfonce le clou d'un début de série canon et propulse "Bolchoi arena" dans mon p'tit top des séries du moment !

C'est avec un réel plaisir que j'ai replongé dans les virées virtuelles de Marje dans le Bolchoi. Surtout que là tout va se compliquer. Les premières "heures" de découverte et l'infini des possibilités de ce nouveau monde vont vite être rattrapés par la dure réalité, même dans le virtuel. Finis les bisounours, mais surtout, Marje va se retrouver dans une situation des plus compliquées (pas de panique je ne vais pas spoiler !) et ses amis vont devoir gérer tout ça tant bien que mal pendant que les forces en puissance vont forcément profiter de la situation.

Après un tome introductif bien campé et qui avait posé les bases solides de son récit, Boulet lance le turbo et nous déroule un récit qui maintient ce rythme intensif en nous distillant des rebondissements bien pensés. Aseyn conserve cette ligne très marquée manga de par son dynamisme et la fausse simplicité de son trait, tout en ayant cette petite touche personnelle qui fait la différence. Mention spéciale aux scènes d'action qui sont d'un rendu assez exceptionnel !

Alors, voilà, il n'y a plus qu'à prendre notre mal en patience pour attendre le prochain opus de cette série qui dépote !

Bots - série en cours n° 2
Bots (Steve Baker)

note: 4toujours aussi top ! jerome - 17 avril 2020

Après un premier tome accrocheur très réussi, Steve Baker et Aurélien Ducoudray étaient attendus au tournant. Qu'allait-il advenir de nos chers War-hol et Rip-R ??? Et bien le moins que l'on puisse dire c'est qu'il s'en passe des choses !

Après un jugement "équitable" expéditif, nos deux boîtes de conserve préférées finissent en centre carcéral. Introduisant de nouveaux personnages et usant de flashback intelligents l'intrigue s'épaissit autant qu'elle s'éclaircit sur certains aspects. En tout cas les aventures de nos deux trublions métalliques et de leur petit ohm sont toujours aussi truculentes. Les jeux de mots bien trouvés, les références et clins d’œil permanents composent un univers drôle et complet qui se combine parfaitement avec le graphisme marqué qu'impose Steve Baker.

Ce second tome enfonce largement le clou et met même la barre encore plus haut. Le plus dur va maintenant être d'attendre la suite...

Le Serpent et la Lance - série en cours n° 1
Ombre-Montagne (Hub)

note: 4Un thriller chez les aztèques ! jerome - 14 avril 2020

Après l'énorme succès de Okko, Hub était forcément attendu sur sa prochaine série, et c'est donc avec "Le Serpent et la Lance" qu'il nous revient, s'attaquant cette fois-ci à la culture précolombienne sous l'angle du thriller.

Fan de la culture et mythologie japonaise, j'avais dévoré Okko ; s'attaquer à l'une des autres cultures dans laquelle j'ai plongé enfant (ahhhh "Les mystérieuses Cités d'Or" !!!) ne pouvait donc que me réjouir, et l'ami Hub s'est également lâché en nous proposant un premier tome conséquent de plus de 180 pages. Alors oui l’atterrissage est un peu aride, avec ces noms de personnages, ce vocabulaire propre à vous arracher la langue et ce mode de vie précolombien que nous connaissons mal. Mais en s'accrochant et en jouant le jeu on se laisse vite prendre par cette intrigue et les personnages principaux qui prennent le pas rapidement sur cette première impression de chaos organisé dont nous n'aurions pas les clés.

Ce qui rassure déjà quand on a plongé dans Okko, c'est de retrouver ce dessin et cette colorisation maîtrisée qui imposent une marque de fabrique. Hub a un trait racé et sublimé par la colorisation de sa compagne Li, ça en jette vraiment ! Il joue sur les ambiances, s'appuie sur la colorisation pour affirmer sa narration et bien séquencer les différentes époques qu'il utilise pour construire son récit. Pour en avoir discuté avec lui à Angoulême , la première édition souffre quand même d'un problème de calibrage des couleurs pour les scènes d'intérieur, ce qui devrait être corrigé si réimpression il y a. Mais sorti de ce problème colorimétrique qui entache quelques scènes d'intérieur, le reste est assez éblouissant !

Concernant le récit, Hub a fait le choix de prendre le temps d'installer son univers et ses personnages pour que le lecteur prenne ses aises avec l'univers proposé et l'intrigue qu'il développe. Un de ses personnages principaux n'arrive d'ailleurs pas en scène avant la 50e page ! Passées les premières surprises des noms et du vocabulaire, on découvre insidieusement le nœud de l'histoire. Des corps de jeune filles assassinées et momifiés sont retrouvés de plus en plus fréquemment autour et de plus en plus près de la cité lacustre de Tenochtitlan. Les autorités tentent d'étouffer l'affaire afin d'éviter un désordre social, mais une enquête va être discrètement confiée à Serpent un haut fonctionnaire redoutable ; un ponte religieux va également confier l'enquête parallèle à son vieil ami Oeil-Lance, car les meurtres perpétrés renvoient à des rites proches de leur culte... Sachant que les deux enquêteurs se connaissent depuis l'enfance et ne peuvent pas se voir en peinture, leurs recherches respectives deviennent une course contre la montre pour être le premier à mener à bien son instruction.
C'est bien mené, prenant, les personnages sont bons, même les secondaires, comme c'est souvent le cas avec Hub, et ces 180 pages se lisent d'une traite une fois les quelques difficultés introductives passées. Son sens du détail, que ce soit pour les costumes, les mœurs ou les décors, finissent de nous combler et de nous proposer un univers toujours aussi riche et crédible. L'immersion est totale !

Alors maintenant... Et bien, vivement la suite !!!

Les Indes fourbes (Juanjo Guarnido)

note: 4Des Indes folles folles folles !!! jerome - 10 avril 2020

Bon ba voilà, ça c'est lu ! Moi qui ai toujours tendance à y aller à reculons dès qu'il s'agit d'une BD qui fait l'unanimité, il faut avouer que cet album réalisé par deux auteurs dont le talent n'est plus à remettre en question, fait le boulot et de très belle manière !

Le scénario d'Ayroles épique à souhait nous embarque rapidement en suivant les frasques et mésaventures rocambolesques de don Pablos, jeune Espagnol issu d'une famille pauvre allergique au mot travail, mais loin d'être désintéressée par l'argent ; débrouille et embrouilles semble être la devise de la famille. Mais don Pablos n'entend pas subir sa condition et s'embarque donc pour les Indes afin d'essayer d'y trouver fortune.
L'adage dit pourtant "l'important n'est pas le but mais le voyage", et là, côté voyage notre espingouin va être servi ! "Tomber de Charybde en Scylla" serait même l'expression la plus appropriée pour résumer son périple ! Don Pablos attire les emmerdes comme une merde fraiche les mouches. Mais notre bonhomme a de la ressource et sa persévérance lui vaudra une réussite certaine, je vous laisse le plaisir de découvrir tout cela sans trop en dévoiler.

Côté dessin, c'est aussi très réussi. Qu'il s'agisse des scènes en mer, dans la jungle ou en montagne ou des décors et autres costumes d'époque Juanjo Guarnido sait y faire et retranscrire ces ambiances disparates grâce au talent de son coup de crayon et sa très belle mise en couleur. Le grand format de l'album met d'ailleurs parfaitement en valeur ses planches et son travail.

Alors, ne faite pas comme moi et n'attendez pas trop longtemps avant de savourer un album qui mérite bien sa sélection au Fauve d'Or d'Angoulême de cette année !

Dracula (Georges Bess)

note: 5Sublime ! jerome - 6 mars 2020

Quel régal ! Si certaines adaptations laissent parfois un goût amer ou insipide, rien de tout cela ici !

Il faut dire aussi que les prémices de la littérature fantastique produits par Edgar Poe ou Bram Stoker ont ravi mes nuits de jeune lecteur et ont forgé mon engouement pour le genre. Ajoutez à cette adaptation un noir et blanc somptueux et totalement maîtrisé, et là moi je dis chapeau bas monsieur Bess !
C'est avec Le Lama blanc et Juan Solo que j'avais déjà pu apprécier le talent de cet auteur ; mais là, on passe au niveau supérieur ! High level même ! Que ce soit au niveau de l'adaptation très fidèle au texte de Stoker tout en parvenant à conserver une fluidité de narration impressionnante ou le découpage talentueux qu'il nous propose, rien n'est à jeter ! Ces planches mes amis ! Bess s'amuse avec ses cases, quitte à en sortir, il marie un réalisme saisissant et des décors parfois très impressionnistes un peu à la façon d'un Sergio Toppi tout en gardant son style propre. On est littéralement happé par cet album, comme hypnotisé par ce bon vieux roublard de Dracula.

Alors pas d'hésitation, cet album est une pure merveille graphique et une adaptation des plus réussies.

La Cathédrale des Abymes - série en cours n° 1
L'évangile d'Ariathie (Sébastien Grenier)

note: 4Un monument ! :) jerome - 27 février 2020

En voilà une bonne surprise ! Voilà longtemps qu’un album de fantasy ne m’avait pas autant enthousiasmé. Car ce premier tome scénarisé par Jean-Luc Istin et dessiné par Sébastien Grenier est plus que prometteur pour la suite de la série.

Tout d’abord, mention spéciale au dessin qui m’a fait penser à un doux mélange entre Civiello et Gimenez. Un coup de patte très réaliste mais aussi très pictural qui donne toute sa patine à l’album et colle parfaitement au récit proposé. Ajoutez des couleurs très contrastées marquant parfaitement les différentes ambiances des décors variés que nos protagonistes vont traverser et nous sommes bons pour en prendre plein les yeux ! Chaque case fourmille de détails, que ce soit dans l’architecture, les paysages ou encore les costumes, nous immergeant rapidement dans cet univers particulier. On a envie de voir les originaux pour en apprécier vraiment le travail et les textures.

Car si ce premier tome n’est qu’introductif, nous en apprenons déjà beaucoup sur ce monde coupé en deux par cette faille gigantesque. Certains rêvent de réunifier les deux empires qui la bordent, mais leurs motivations divergent, même s’il est forcément question de pouvoir… Et c’est au milieu de cet écheveau que vont évoluer tant bien que mal nos deux personnages principaux. D’un côté Lorien, jeune orpheline devenue Templier (pourtant un ordre guerrier réservé aux hommes) et Pier de la Vita, le maître d’œuvre de la grande cathédrale censée permettre la réunification des deux royaumes. Bien évidemment, pour eux rien ne se passera comme prévu…

Un très bon début de série que les amateurs de fantasy ne pourront qu’apprécier !

Les tableaux de l'ombre (Jean Dytar)

note: 4petit chef d'oeuvre pour petits et grands ! jerome - 25 février 2020

C'est avec l'excellentissime précédent album "Florida" que j'avais découvert le travail de Jean Dytar l'an passé. Et voilà que je le vois revenir avec un travail de commande émanant du musée du Louvre... J'étais assez curieux de voir comment il allait s'en sortir avec cet exercice où peu sortent par la grande porte à mon goût tant il est facile de tomber dans quelque chose d'assez plat ou d'artificiel.

Ici rien de tout ça ! Si le début de l'album met un peu de temps à s'installer, la suite déroule en finesse en jouant sur tout un tas de petites idées très malines et de clins d’œils pertinents qui m'ont bloqués un petit sourire en coin tout au long de ma lecture.
Si Dytar connait ses classiques, on sent qu'il vit aussi avec son temps et qu'il s'amuse pour notre plus grand plaisir à faire se télescoper les deux ; tout le monde y trouvera son compte et cet album tout public contentera aussi bien à mon avis les adultes qui s'amuseront à jouer avec les références que place Dytar, que les enfants grâce à un scénario enlevé et bien pensé. Sa réflexion sur ces tableaux "oubliés" ou sur leur notoriété est des plus fine.

Côté graphique on retrouve cette patte faussement naïve, très fluide et tout en courbes qui donne à son dessin toute son intensité de façon pourtant minimaliste.

Voilà en tout cas un album à mettre en toute les mains, surtout si vous avez pour projet d'aller faire un tour au Louvre en famille !

Le dieu vagabond (Fabrizio Dori)

note: 4Un album mythique et déjanté jerome - 28 janvier 2020

Avec "Le Dieu vagabond" Fabrizio Dori nous propose de suivre la quête d'Eustis, satyre banni de l'Olympe pour avoir courtisé une nymphe.
Sdf de son état, nous le retrouvons en périphérie de Milan aujourd'hui où cette espèce de dandy des temps modernes survit grâce aux divinations qu'il procure en échange d'une bonne bouteille. En tant qu'adepte de Pan et de sa cour, on ne se refait pas !

Mais s'il se contente de peu, notre ami Eustis compte bien retrouver sa cour olympienne et va nous entrainer au fil des pages dans une aventure avec un compère inattendu afin de relever le défi qui lui est proposé par Hécate pour lever la malédiction qui pèse sur lui.
Sans rien renier de la mythologie grecque et en lui restant fidèle, Fabrizio Dori réussit le pari un peu fou d'y mêler avec énormément de talent des influences graphiques du XIXe et XXe siècle pour le plus grand plaisir de nos yeux. Surtout que tout cela n'est pas gratuit mais composé intelligemment autour d'un scénario un brin loufoque (voire drôle) mais à la narration impeccable.

Alors laissez vous porter par cet ovni aux qualités graphiques majestueuses et aux références mythologiques et artistiques astucieusement agencées !

La Brigade des cauchemars - série en cours n° 1
Sarah (Yomgui Dumont)

note: 4Une série fantastique, toute en mystères... jerome - 8 janvier 2020

On connaissait Franck Thilliez pour ses thrillers pour adultes, le voilà qui nous revient accompagné de Yomgui Dumont au dessin pour une série BD ado fantastique fort sympathique et intrigante…
Dans celle-ci nous suivons les aventures de deux jeunes qui forment la brigade des cauchemars. Grace à une machine inventée par leur savant de père, ils peuvent se glisser dans les rêves des enfants pour les aider à guérir de leurs peurs les plus profondes.
Dans ce tome inaugural le fils du professeur, Tristan, et un autre enfant qu’il a recueilli, Esteban, s’introduisent dans le cauchemar de Sarah. Rapidement la tension monte, des adultes cherchent à capturer les enfants, dans une ville et des décors assez froids. Nous n'en apprenons pas beaucoup, mais l'on comprend que les "sauveteurs" de la brigade des cauchemars risquent leur vie dans leur action de secours…
Du fantastique, du suspens et de profonds mystères, voilà une série qui commence sur les chapeaux de roue et qui devrait plaire aux amateurs du genre !

Les trois fantômes de Tesla - série en cours n° 1
Le mystère chtokavien (Guilhem)

note: 4Un thriller de toute beauté ! jerome - 7 décembre 2019

Voilà un album qui lance une série sur les chapeaux de roue ! Plutôt fan de SF, amateur de streampunk au tournant, me voilà servi !

Car cette uchronie concoctée par Richard Marazano et mise en image par Guilhem est une franche réussite ! En tout cas je suis pressé de découvrir la suite !
L'objet fait déjà preuve d'une attention toute particulière avec une couverture des plus réussie, rehaussée de vernis sélectif sur les éclairs dorés qui l'agrémentent. Guilhem dont je ne connaissais que le travail à travers la série fantasy jeunesse Zarla nous sort ici le grand jeu avec un coup de crayon volontairement suranné que met magnifiquement en valeur la mise en couleur de Richard Marazano.
Tout cela concourt parfaitement à imposer cette ambiance anxiogène liée à cette période si particulière de notre histoire. Le sombre New York du milieu du XXe siècle et les personnages scientifiques de l'époque revus et corrigés pour le bien de notre récit finissent de compléter les ingrédients idéaux d'un tome introductif maîtrisés. J'ai dévoré ce premier volume !

Le fils de l'Ursari (Cyrille Pomès)

note: 4Une bd pleine d'humanité jerome - 5 novembre 2019

Cyrille Pomès nous propose avec cet album une adaptation très réussie du roman de Xavier-Laurent Petit.

Ciprian est un jeune Rom qui vit avec sa famille de façon traditionnelle en Roumanie ; ils passent de village en village proposant leurs services et un spectacle de combat avec un ours (apprivoisé). Mais la vie est rude et à force d'être harcelés par la police et rejetés par les habitants ils finissent par accepter le marché qu'on leur propose pour aller vivre à Paris, un Eldorado où tout semblerait plus facile.
Mais la réalité a les dents dures et la famille de Ciprian va rapidement déchanter et comprendre que c'est un marché de dupes qu'ils ont accepté et que leur vie de misère continue, doublée d'une dette conséquente... Chacun va devoir mendier, voler ou filouter pour essayer de rembourser cette dette familiale. Et c'est lors d'une journée peu fructueuse que Ciprian va découvrir "le paradis" au jardin du « Lusquenbour » où il observe en cachette des joueurs de "lézecheck". Sans rien y connaître, Ciprian va petit à petit se passionner pour ce jeu et venir espionner ces étranges personnes qui s'y adonnent régulièrement. Mais son talent d'espion semblant aussi efficace que celui de pickpocket, il va rapidement se faire griller par une des joueuses qui va comprendre que le gamin est plutôt du genre surdoué pour les échecs sans jamais pourtant l'avoir pratiqué...

Derrière un trait assez rond et caricatural, Cyrille Pomès nous propose une adaptation qui fait mouche, empreinte d'humanité et de petites touches d'humour malgré un récit au fond assez noir sur la réalité du quotidien des roms. Les cadrages et la mise en couleur appuient une narration fluide et dynamique qui donnent au final une lecture très plaisante des aventures peu banales de ce jeune garçon. Une belle découverte !

Aujourd'hui est un beau jour pour mourir (Colo)

note: 4Un thriller étonnant ! jerome - 1 octobre 2019

En voilà une très bonne surprise ! Cet album pétri de références et autres clins d'oeil réalisé de bout en bout par Colo (que je découvre avec cet opus) force le respect ! C'est un thriller prenant qu'on ne lâche pas avant de parvenir à la fin de ses 380 pages !

Alors oui, on peut y trouver un petit air de "V pour Vendetta" revisité, une petite touche d'apocalypse très en vogue en ce moment, des traits un peu forcés sur certains points du scénario ou des partis pris un peu radicaux. Mais alors ? Si c'est très bien mené, pourquoi bouder son plaisir ? Car autre point fort, c'est l'originalité du dessin, très personnel et qui ajoute à la singularité de cet album. Surpris à la lecture des premières pages, j'ai vite été happé par ce trait un peu forcé mais très dynamique et sa colorisation particulière. C'est ensuite ce découpage très cinématographique et la narration menée tambour battant qui nous tient en haleine jusqu'à la fin !

Voilà un TRES bon album qui mérite plus qu'une lecture et davantage de reconnaissance ! A lire !

Les furtifs (Alain Damasio)

note: 5Un must ! jerome - 3 septembre 2019

15 ans après « La Horde du Contrevent » Alain Damasio nous revient enfin avec un nouveau roman toujours aussi fracassant !
Dans nos villes privatisées où rien ne se perd, les furtifs restent les seuls êtres à ne pas laisser de traces. Nous, les citoyens-clients, la bague au doigt, couvés par nos Intelligences Amies, nous tissons la soie de nos cocons numériques en travaillant à désigner un produit de très grande consommation : être soi. Dans ce capitalisme insidieux, à la misanthropie molle – féroce pour ceux qui s’en défient -, l’aliénation n’a même plus à être imposée, elle est devenue un « self-serf service ». Et tu penses y échapper ?

Autour de la quête épique d’un père qui cherche sa fille disparue, Alain Damasio articule dans une langue incandescente émancipation politique, thriller fluide et philosophie. Après La Zone du Dehors et La Horde du Contrevent, il déploie ici un nouveau livre-univers sur nos enjeux contemporains : le contrôle, le mouvement et le lien.

Dans la forêt des lilas (Tamia Baudouin)

note: 4Un album qui conte beaucoup ! jerome - 5 juin 2019

Amateurs de contes et de belles illustrations, cet album est fait pour vous !

Nathalie Ferlut qui semble avoir baigné dedans et vouloir nous le faire partager s'adjoint le savoir faire de Tamia Baudouin au dessin cette fois-ci. Et ma foi ça en jette !

D'une part, c'est beau mais c'est aussi très original ! Le parti pris graphique est audacieux ! Il n'y a qu'à voir l'objet : couverture et quatrième de couverture nous plongent tout de suite dans l'ambiance et m'ont tout de suite donné envie de me lancer dans sa lecture. Ça m'a rappelé la très belle collection Métamorphoses de chez Soleil.

Comtesse habite un cottage isolé de la campagne londonienne. Atteinte d'une étrange maladie, elle cherche à se réfugier dans ses rêves d'enfance. Mais ce pays merveilleux où Minon le Prince-Chat et Biche la fée la dorlotaient a doucement sombré dans les ténèbres... Comtesse cherche alors à comprendre pourquoi...

Ce conte pour adultes qui nous rappelle l'enfant que nous avons tous été et qu'on a parfois du mal à abandonner (et d'ailleurs pourquoi le faudrait-il ???) nous renvoie à tous ces mondes imaginaires qu'on affectionne toujours quelque part. On a tous un petit côté Alice tapis en nous qu'il faut savoir chérir et ressortir du chapeau à bon escient. Drapé dans un contexte très Romantique anglais du XIXe, cet album où fourmillent les clins d’œil et les références nous donne envie de replonger dans nos vieux contes classiques pour y retrouver une petite madeleine de Proust pleine de douceur.

A découvrir !

Blue Giant - série en cours n° 1
Blue giant 1 (Shin'ichi Ishizuka)

note: 4Envoyez la musique ! jerome - 25 avril 2019

Réussir à faire partager en dessin ce que la musique peut procurer, voilà un challenge bien audacieux, encore plus quand il s’agit du jazz. C’est ce que nous propose « Blue Giant » à travers le personnage de Dai Miyamoto, élève de terminale qui découvre par hasard le jazz en finissant une soirée avec un ami dans un club de jazz de sa ville. Et c’est une révélation pour lui ! A partir de ce jour il n’aura qu’une seule ambition : devenir le meilleur jazzman du monde !

C’est grâce à un saxophone que son frère va lui offrir qu’il se lance en autodidacte en jouant tous les jours au bord de la rivière près de chez lui. Qu’il pleuve, fasse un soleil de plomb ou qu’il neige, Dai ne lâche rien ! Mais malgré toute la bonne volonté du monde, on ne s’improvise pas non plus musicien et encore moins le meilleur sans quelques bases et ça Dai va finir par le comprendre à ses dépens après un premier concert raté. Heureusement, un prof de musique va quand même déceler chez lui quelque chose et le prendre sous son aile pour lui faire découvrir les bases du jazz et de la musique. C’est le début d’une grande histoire…

Si le premier tome de cette série pourrait laisser croire qu’il suffit d’y croire et de travailler comme un forcené pour parvenir à ses fins, la suite nous montre intelligemment que cela ne suffit pas. Il faut bien sûr travailler, avoir du talent mais aussi trouver les bons partenaires. L’auteur, Ishizuka Shinichi s’appuie sur un trait relativement classique mais efficace pour retranscrire ce parcours et cette passion pour le jazz en nous proposant des scènes de concert très vivantes et pleines d’émotion, ce qui est loin d’être évident quand il s’agit de musique et surtout de jazz qu’on a vite fait de cataloguer comme musique élitiste.

Alors passionné de jazz, simple amateur ou même néophyte, laissez vous tenter et bercer par cette série très prometteuse !

The Promised Neverland - série en cours n° 1
Grace Field House (Posuka Demizu)

note: 4Top ! jerome - 5 avril 2019

Sous ses airs de série un peu convenue "The Promised Neverland " se révèle au fil des pages une série pleine de surprises !

On part effectivement d'une situation et de personnages un peu convenus jusqu'à LA révélation qui tombe rapidement sur les réelles motivations de cet étrange orphelinat et de sa directrice. Petit à petit les personnages vont prendre de l'épaisseur et le côté un peu trop manichéen du début de série va laisser place à une réelle richesse. Les "gentils" ne le sont peut-être pas tant que ça et les motivations des "méchants" finissent par s'expliquer sans pour autant s'excuser grâce à des flashbacks judicieux.

Mais au delà de la richesse et de la profondeur accordée aux personnages c'est surtout l'intensité du scénario qui nous accroche très rapidement et nous rend accro ! Dans cette série personne n'est éternel et chaque page que l'on tourne peut se révéler fatale pour chacun des personnages auquel on aurait pu s'attacher. C'est aussi tout le jeu stratégique entre les enfants et leurs ennemis qui est rudement intéressant. Véritable partie d'échec, chacun y va de ses coups cachés et muris longtemps à l'avance avec plus ou moins d'efficacité pour parvenir à ses fins.

En tout cas, au bout de cinq tomes qu'on avale avidement, une chose est sûre, la suite se fait attendre avec impatience !

L'Histoire des 3 Adolf - Série complète n° 1
L'Histoire des 3 Adolf (Osamu Tezuka)

note: 4Un grand classique ! jerome - 1 mars 2019

Tezuka traite dans cette série de la seconde Guerre Mondiale et construit son intrigue autour de trois personnages prénommés Adolf. Hitler fait bien sûr parti du trio, viennent s'y adjoindre deux jeunes garçons vivant au japon. L'un est un juif, fils d'un boulanger, l'autre est moitié japonais par sa mère et moitié allemand par son père qui travaille pour le consulat du Reich. Nos deux jeunes garçons vont forcément se rencontrer et lier une amitié malgré le contexte historique et la réprobation du père allemand. Ce dernier va d'ailleurs l'envoyer en Allemagne poursuivre ses études dans l'une des écoles des jeunesses hitlériennes les plus renommées.

Voilà pour la base, car à coté de ça, Tezuka étoffe très largement son récit avec une foule de personnages qui vont graviter autour de ces Adolf. Ce sont toutes ces petites histoires plutôt que la Grande Histoire qui font la force narrative de Tezuka ; car au lieu de nous raconter la seconde Guerre Mondiale, ses horreurs et la noirceur de l'âme humaine, il nous dépeint tout cela judicieusement par ces petits rien, ces choix, ces convictions ou ces reniements qui permettent à de telles atrocités de voir le jour ou à quelques anonymes de nous permettre de croire encore un peu dans le genre humain.
Concernant son dessin, pas grand chose à rajouter, sinon qu'il est toujours aussi impressionnant d'efficacité de fluidité et d'avant garde pour l'époque.

"L'histoire des 3 Adolf" se révèle donc comme une œuvre majeure d'Osamu Tezuka.

Moi ce que j'aime, c'est les monstres - série en cours n° 1
Moi, ce que j'aime, c'est les monstres (Emil Ferris)

note: 5Un OVNI fascinant ! jerome - 1 février 2019

Voilà sans doute le plus bel OVNI qui nous soit tombé dessus depuis quelques temps ! Et pour du lourd on prend du lourd ! Car hormis ces quelques 400 pages et des poussières, Emil Ferris nous plonge subrepticement dans un univers décalé qu'il va falloir apprivoiser au fil des pages, tant graphiquement que narrativement.

Son histoire prend place dans un Chicago des années 60 à travers les yeux de Karen Reyes, jeune fille de dix ans, qui voit des monstres un peu partout et se prend elle même pour un loup garou. Le suicide d'une de ses voisines auquel elle ne croit pas va la conduire à mener l'enquête dans son entourage...
Voilà un pitch bien singulier qui n'est pourtant que l'arbre qui cache la forêt d'une imagination débridée mais maîtrisée. Car malgré l'impression de touffeur qui pourrait sembler prendre le dessus au simple feuilletage de l'album (je vous mets au défi de trouver un espace suffisant pour une dédicace !), on est vite subjugué par l'histoire de cette jeune fille et le graphisme qu'impose Emil Ferris. Composé sur une trame de feuillets perforés avec des lignes, ses planches dessinées tout au crayon bic sont d'une rare beauté ! Que ce soit ses nuances de noir ou ses mélanges de couleurs audacieux, certaines de ses planches m'ont littéralement scotché !

Ce n'est certainement pas un hasard que cet album ait déjà été primé à maintes reprises au fil de cette année, tant il ne peut laisser indifférent. Après, c'est typiquement le genre d'album dans lequel on rentre ou on ne rentre pas, il n'y a pas d'entre deux. Cela reste pour moi un des albums les plus audacieux et envoûtants de l'année !

Cléopâtre, la reine fatale - série en cours n° 1
Cléopâtre, la reine fatale (Joël Mouclier)

note: 4Un album de caractère pour une femme qui n'en manque pas ! jerome - 22 décembre 2018

Dans la collection "Les Reines de sang" voici venir Cléopâtre. La famille Gloris et leur goût prononcé pour l'histoire leur font continuer l'aventure avec ce nouveau grand personnage historique féminin, avec cette fois-ci au dessin Joël Mouclier que je découvre.

Ce premier tome installe tranquillement ses pièces sur l'échiquier autour de notre grande reine d’Égypte. Car c'est qu'il y en a du monde à évoluer autour d'elle, à commencer par son jeune frère Ptolémée, avec qui les tensions familiales vont monter crescendo. Ajoutez à cela un empire romain lui aussi déchiré entre Pompée et César mais qui tient l’Égypte par les bourses et vous allez pouvoir sortir le pop-corn pour profiter d'une partie pas toujours fine qui ne donnera pas forcément dans la dentelle...

Ce qui marque d'emblée c'est l'ambiance qui nous est retranscrite de cette Égypte du Ier siècle avant J.C. Joël Mouclier a le don de nous immerger dans cette période historique grâce à la qualité de son dessin et de sa mise en couleur. Faste, chaleur, architecture démesurée, chatoyance des maquillages ou des décors, on s'y croirait.
Mais derrière les fards, c'est aussi une période sans pitié où la mort et les complots ponctuent le quotidien de ces grands de l'Histoire. Et c'est tout cela que notre Cléopâtre va polariser autour d'elle, menant sa barque tant bien que mal dans ce vortex dangereux.

Les grandes lignes sont maintenant posées avec ce premier opus, reste à suivre dans les prochains tomes l'évolution de cette femme au caractère bien trempé !

Portrait d'une femme moderne au Yémen n° 2
Intisar en exil (Sagar)

note: 4Un regard acéré sur le Yemen d'aujourd'hui jerome - 5 décembre 2018

Avec l'album La Voiture d'Intisar moi qui était resté sur un avis positif mais très en retrait à cause d'un graphisme pas du tout à mon goût, c'est LA bonne surprise avec ce nouvel opus des tribulations de notre yéménite préférée mis en scène par le toujours très bon Pedro Riera, mais qui confie cette fois-ci le dessin à un nouvel auteur, Sagar.

Et pour moi ça change tout ! D'une part parce que le trait de Sagar est ce qui manquait à l'album précédent et que sa mise en couleur est tout simplement sublime. On est pleinement immergé dans le quotidien d'Intisar, on ressent l'amour de son pays le Yemen malgré sa condition de femme, mais aussi celle de la Jordanie où elle a du s'exiler.
Et c'est toute la réussite une nouvelle fois de cet album qui derrière le personnage fictif mais très inspiré d'Intisar nous fait comprendre à travers son quotidien tous les enjeux sociétaux et politiques de cette région complexe. Mis sur le devant de la scène internationale ces derniers jours après l'assassinat d'un journaliste dans son consulat, l'Arabie Saoudite qui mène cette guerre au Yemen est placée face à ses responsabilités et ses absurdités macabres. Les Yéménites (qui en ont les moyens) en sont réduits à l’exil, dont une grande partie se fait vers la Jordanie. Intisar est l'une de ces exilés...

J'ai beaucoup apprécié la construction du récit qui derrière moult anecdotes qui pourraient sembler triviales, permettent surtout de comprendre la réalité et le quotidien des femmes au Yemen. Réalité toute en contradictions avec d'un côté la chape de plomb religieuse qui pèse sur elles en société et ce qu'elles font grâce aux réseaux sociaux en intimité par exemple. C'est ce plafond de verre que voudrait bien pouvoir briser Intisar pour pouvoir enfin vivre librement. Et c'est paradoxalement ce que va timidement permettre cette guerre tragique : se libérer de l'emprise masculine qui les maintient dans cette condition.
Alors ne voyons pas pour autant cette guerre comme une "bénédiction", mais permet-elle au moins aux femmes de desserrer la bride qu'elles subissent au quotidien.

Un très bon album que je recommande chaudement pour son intelligence et tout autant pour son graphisme chaleureux et expressif qui sied parfaitement à notre chère Intisar et son pays.

Azimut - série complète n° 1
Les Aventuriers du Temps Perdu (Jean-Baptiste Andréae)

note: 4Du rêve en barre ! jerome - 8 novembre 2018

Watcha !!! Quelle perle les aminches !!!

Wilfrid Lupano et Jean-Baptiste Andreae, dont j'appréciais déjà énormément le boulot, poussent ici le curseur au taquet pour nous offrir avec ce premier tome d'"Azimut" un petit bijou envoutant, à l'univers déjanté et poétique.

Tout est ici fait pour plonger dans un univers complet aux repères déglingués et qui laisse du coup libre cours à l'imagination débridée de Wilfrid Lupano. Après une familiarisation tout en douceur de ce monde merveilleux par le biais de personnages tous plus truculents ou loufoques les uns que les autres, on va de surprise en surprise pour notre plus grand bonheur. Le temps ici devenu préoccupation centrale de cet ouvrage semble alors s'arrêter pour combler notre curiosité et l'intensité de notre lecture.

C'est frais, épique, tragi-comique, raffiné et complètement barré ! Comment s'y retrouver me direz-vous avec un tel mélange des genres ? Ne cherchez pas, car de toute façon le pôle nord a disparu et les repères qui régissent nos habitudes sont mis à mal de la plus belle des façons ! Une seule chose à faire : se laisser porter par le courant des péripéties qui ne manquent pas et se régaler tant des subtilités du scénario que du savoir faire de Jean-Baptiste Andreae !

Car du côté du dessin, on retrouve le trait si particulier, coloré et chaleureux que j'avais apprécié dans "MangeCoeur" ou encore "La Confrérie du crabe". Andreae s'en donne ici à cœur joie, et son style colle à merveille à cette histoire. L'univers concocté par Lupano lui laisse les coudées franches pour nous en mettre plein les mirettes. Tant les décors que les personnages et les créatures sont tout simplement envoutants ! Et je ne vous parle même pas de cette magnifique couverture qui met déjà en appétit ! Ajoutez à cela une mise en page intelligente et quelques planches littéralement sublimes et... Quoi ? Bon OK, OK, OK... J'arrête les fleurs... jusqu'au prochain tome.

Migrant (Giovanni Rigano)

note: 4Un zoom nécessaire sur une actualité dramatique jerome - 2 octobre 2018

Eoin Colfer, écrivain pour ados connu pour sa série phare Artemis Fowl nous propose ici un récit d'actualité sur les migrants. C'est tout le parcours d'Ebo parti sur les traces de sa sœur et de son frère vers l'Europe qu'il nous raconte. De sa traversée du Sahara jusqu'à la dangereuse Tripoli en Libye puis la périlleuse traversée de la Méditerranée dans un canot de fortune, on est immergé dans cette quête d'une vie meilleure qui se fait au péril de sa vie.

Le récit est construit en aller-retours entre le début du voyage d'Ebo et le "présent" sur l'embarcation qui essaye de traverser la mer. Si la narration est assez classique elle n'en demeure pas moins efficace et permet au lecteur de bien appréhender ce que représentent ces parcours hallucinants pour rallier l'El Dorado espéré que représente l'Europe. Le dessin semi réaliste de Giovanni Rigano, tout en douceur tant dans le trait que dans la mise en couleur permet de jouer sur les contrastes des situations dramatiques traversées de façon intéressante.
Alors oui, pour tout adulte un peu au fait des événements et curieux de l'actualité cet album n'apportera peut-être pas de "révélation", mais je suis sûr que beaucoup d'ados prendront peut-être conscience de ce qu'immigration veut dire aujourd'hui et des conditions hallucinantes que demande une "simple" traversée de la Méditerranée où nous nous plaisons à barboter...

De toute façon, cet album qu'il soit pris comme témoignage ou reportage a le mérite de nous montrer ce que représente pour ces gens cette folle traversée d'une partie d'un continent et d'une mer dans l'espoir de recommencer une nouvelle vie.

Kill or be killed - série complète n° 1
Kill or be killed (Sean Phillips)

note: 4Cauchemar ou réalité ??? jerome - 5 septembre 2018

C'est avec un autre de leurs albums "Fondu au noir" que j'ai récemment découvert la collaboration de ces deux auteurs. Si on reste du côté obscur, on quitte cette fois le polar noir hollywoodien pour un thriller fantastique contemporain percutant.

Dylan, étudiant de 28 ans a l'impression de passer à côté de sa vie. Il décide donc d'y mettre un terme en se jetant d'un toit d'immeuble. Mais rien ne se passe comme prévu et en réchappe "miraculeusement". C'est en fait grâce à l'intervention d'un démon qui va lui proposer un marché qu'il doit sa vie. Pour vivre, il doit assassiner un salopard par mois...

Dur réalité, surtout quand il faut passer à l'acte pour la première fois. Qui choisir ? Comment procéder ? La liste des interrogations s'allonge à n'en plus finir, avec pour ultime questionnement : tout ceci est-il bien réel ???

J'ai beaucoup apprécié ce premier tome qui démarre sur les chapeaux de roue. Nos auteurs n'ont pas fait dans la dentelle, ici on joue l'efficacité, et ça fonctionne très bien. Tout se tient, entre la psychologie des personnages et le trait réaliste de Sean Phillips. Et l'ambivalence de notre Dylan sur qui tout cela tombe est aussi très réussie.

Traquemage - Série complète n° 2
Le chant vaseux de la sirène (Relom)

note: 4Poilade garantie ! jerome - 19 juin 2018

Et voici le tome 2 tant attendu ! Oui, car après un premier tome parti sur les chapeaux de roues, cette suite se faisait cruellement attendre.

Et c'est ma foi un bel essai de transformé. Car si trop souvent les deuxièmes tomes de séries démarrées en trombe ont parfois tendance à jouer les soufflés foireux, ici rien de tout ça. Alors oui, on pourra toujours dire que l'effet de surprise n'y est plus (et encore)... mais l'esprit reste et c'est ce qui compte ! Car ce qui fait le sel de cette série c'est la galerie truculente de personnages tous plus déjantés les uns que les autres, les dialogues aux p'tits oignons, et les rebondissements de cette quête farfelue de notre bon Pistolin.
Car celui-ci va devoir affronter son premier mage... chaud les marrons ! Mais je vous laisse découvrir tout ça et je l'espère passer un très bon moment de détente et de rigolade !

Vivement la suite !

SHI - série en cours n° 2
Le roi démon (Homs)

note: 4Magnifique ! jerome - 1 juin 2018

Voilà un deuxième tome comme je les aime : le soufflé ne retombe pas, loin de là, le rythme est toujours aussi soutenu, l'intrigue avance bien, et le dessin est toujours aussi magnifique.

Zidrou enfonce le clou et nous dévoile de nouveaux pans de son intrigue et des machinations qui s'installent au plus haut niveau dans ce Londres de la fin du XIXe. On comprend également mieux l'origine de ce mouvement, le SHI, que nos deux jeunes protagonistes vont créer et qui va perdurer jusqu'à aujourd'hui. Car c'est le deuxième point important dans cet album, la partie contemporaine du récit occupe plus de place...
Quant au dessin de José Homs, il reste toujours un régal pour les yeux, tant dans l'expressivité de ses personnages, des décors qu'il plante ou de tous les détails qui y fourmillent. Certaines planches sont tout bonnement magiques !

Vivement la suite !

Hillbilly - série en cours n° 1
Hillbilly (Eric Powell)

note: 4De la très bonne Dark Fantasy ! jerome - 20 avril 2018

Avec "Hillbilly", on replonge dans les racines du fantastique avec un personnage central des plus troublant et impressionnant. Entre cow-boy et trappeur, les orbites noires et vides, muni d'un hachoir hors norme et d'un pseudo haut de forme, notre Rondel (oui, on aurait du mal à faire plus ridicule comme nom mais quand on voit le lascar, doivent pas être nombreux ceux qui se sont foutu de lui ^^ ) en impose d'emblée ! Mais il vaut mieux, car c'est un pourfendeur de créatures maléfiques et plus spécifiquement de sorcières (qui sont à l'origine de son état).
Découpé en chapitres formant une trame plus globale, les allers-retours entre flashback et quotidien de notre Rondel construisent petit à petit un univers d'une grande richesse. Lieux étranges, créatures malfaisantes, Rondel et sa fidèle Esther nous servent de passeurs dans cet univers de Dark Fantasy.
Le trait d'Eric Powell reste toujours aussi impressionnant. Expressif, fluide et au service d'une imagination débridée, j'ai vite été conquis par ce nouveau monde qu'il nous propose. J'ai juste hâte de voir ce hachoir reprendre du service avec le 2e tome annoncé.

La cité des trois saints (Vincenzo Bizzarri)

note: 4Du roman (graphique) noir à l'italienne jerome - 3 avril 2018

Pour un premier album, ces deux auteurs italiens frappent fort !

En même temps, ici tout ne va être que rapport de force, ou presque. Dans cette ville italienne d'aujourd'hui placée sous la protection de trois Saints et d'une mafia toute puissante, nous allons suivre le récit croisé de trois personnages : un ex boxeur déchu et camé, un jeune dealer et un ex mafieux retiré qui tente de rentrer dans le droit chemin avec son camion fast food.

Ce qui m'a surpris d'emblée dans cet album c'est la lumière. Loin des clichés sombres qu'aurait pu inspirer ce genre de récit, le dessinateur Vincenzo Bizzarri nous propose un graphisme lumineux. Même les scènes de nuit m'ont laissé cette impression, ce qui n'est pas innocent à mon sens quand on connait la fin de l'album.
C'est aussi sans doute ce qui renforce le contraste avec ce quotidien tout en tension, qui monte progressivement jusqu'à la procession finale qui clôt l'album et libère chacun des protagonistes de façon singulière...

Le point fort de cet album réside donc dans sa narration impeccable qui page après page installe cette tension des plus palpable ; on attend juste de savoir quand et comment va se rompre l'élastique...
Le trait un peu caricatural de Bizzarri y est aussi pour beaucoup. Allié à sa mise en couleur, à ses cadrages très cinématographiques et à certaines scènes assez surréalistes, on ne peut que se laisser prendre et attendre que tout cela nous pète à la gueule.

Un très bon album, tout en tension et en efficacité, surtout pour une première. Voilà deux auteurs qu'il va falloir suivre de près !

L'homme gribouillé (Frederik Peeters)

note: 5Un must ! jerome - 13 mars 2018

Pour un gribouillage, on a vu pire ! J'en prends tous les jours et j'en redemande des coups de crayon comme ça moi ! Entre un Serge Lehman très inspiré et du GRAND Frederik Peeters revenu au noir et blanc, on en prend plein les mirettes ! Ces deux auteurs se sont trouvés et l'osmose contagieuse de leur travail nous réserve à mon sens le meilleur album lu depuis un bon moment.

Tout concourt à la réussite de cette petite merveille. L'ambiance tout d'abord qui nous happe dès les premières pages. Lâchés dans ce Paris noyé sous des trombes d'eau incessantes, on découvre petit à petit l'autre richesse de ce récit : les personnages. Tout s'imbrique subrepticement. On a déjà mordu à l'hameçon sans s'en être rendu compte.
Car la famille Couvreur, Jasmine, Betty et Maud, nous réserve bien des surprises... Entre la fille, la mère et la grand-mère, chacune a son caractère bien trempé, mais pourtant une histoire commune et mystérieuse qui va nous ramener au temps des contes et des créatures extraordinaires.
C'est ce glissement subtil entre un quotidien banal et le fantastique qui donne toute sa force au récit en s'appuyant sur cette ambiance singulière, ces solides personnages et toute la richesse du décorum et des personnages secondaires. On se laisse mener par le bout du nez, et chapitre après chapitre nos deux auteurs enfoncent le clou jusqu'à un final grandiose grâce à une narration des plus maîtrisée.

Messieurs bravo ! Une seule requête : c'est pour quand la prochaine collaboration ???

Bergères Guerrières - série en cours n° 1
La relève (Amélie Fléchais)

note: 4Originale et malicieuse ! jerome - 2 février 2018

Après « Chemin perdu » et « L'Homme Montagne », revoici Amélie Fléchais dans une nouvelle série avec pour comparse au scénario Jonathan Garnier, avec qui elle avait justement travaillé sur « Chemin perdu ».

On sent que tous les deux ont affuté leurs armes pour nous fourbir une petite série pas piquée des hannetons, tout en gardant ce qui faisait leur marque de fabrique dans leur précédente production, à savoir un amour du récit (très inspiré du conte), un goût prononcé pour l’onirisme et un élan pour les cultures traditionnelles qu’ils vont revisiter de façon souvent très contemporaine.

Dans un univers qui rappelle les Celtes ou les Vikings, les hommes sont partis pour la Grande Guerre depuis 10 ans… sans qu’aucun ne soit revenu ni n’ai donné de nouvelles. La société s’est donc réorganisée et les femmes ont alors créé l’ordre des Bergères Guerrières pour défendre leur village. Molly qui vient d’avoir dix ans va enfin pouvoir intégrer l’ordre et commencer l’entrainement accompagnée de son fidèle bouc Barbe-Noir et de son ami Liam !

On retrouve le graphisme faussement naïf d’Amélie Fléchais qui m’a rappelé le très bon dessin animé « Brendan et le Secret de Kells ». C’est frais, expressif et très loin d’être gnangnan. Nous voilà lancé sur une sorte de conte initiatique où, une fois n’est pas coutume, ce sont les femmes qui ont le beau rôle. Molly et ses jeunes comparses vont débuter leur formation de Bergère Guerrière et partir pour leur première mission…
Voilà un premier tome qui pose les bases solides d’une très bonne série jeunesse, grâce à un scénario et un dessin qui se caractérisent par une forte singularité, un sens aigu de l’épique avec toujours une touche d’humour.

Une vraie réussite, vivement la suite !

Tizombi n° 1
Toujours affamé (William Maury)

note: 4Une nouvelle série qui a du mordant ! jerome - 11 janvier 2018

Connus pour leur série « Les sisters », Christophe Casenove et William lancent toujours chez Bamboo une nouvelle série un peu plus trash, mais pas trop quand même, hein :)

Avec Tizombi, nos deux auteurs surfent un peu sur la mode zombie ambiante mais de façon assez réussie. La jeune Margotik fuit le domicile parental où ses parents passent leur temps à s’engueuler et se déchirer pour se réfugier dans un endroit à son image : le cimetière. Mais loin d’y trouver la tranquillité escomptée, elle fait la connaissance de Tizombi, qui découvrant son talent de poète, lui laisse la vie sauve à condition qu’elle écrive sa vie façon poème…

Sur la base de gags en une ou deux pages, nous découvrons donc la joyeuse tribu qui évolue dans ce cimetière au sein de laquelle Margotik va petit à petit faire son trou et se faire de nouveaux amis pour le moins singuliers. Ne pensant qu’à dévorer tout être vivant passant à la ronde, l’humour un peu trash de cette série fonctionne très bien et devrait ravir les jeunes ados et ados du moment ; j’avoue avoir beaucoup apprécié aussi cette lecture et les quelques clins d’œil et références qui pointent leur nez au fil des pages n’y sont pas pour rien non plus. Surtout que le dessin très expressif et plutôt explicite de William colle parfaitement à cet univers et que la colorisation d’Elodie Jacquemoire le met parfaitement en valeur.

Une série qui a du mordant et qu’on ne devrait pas enterrer de sitôt !

Sérum (Nicolas Gaignard)

note: 4Un thriller d'anticipation très réussi ! jerome - 7 décembre 2017

Fan du travail de Pedrosa, j’étais curieux de voir ce qu’il allait résulter de cet album, qui loin des terres de prédilections intimistes de ses derniers albums, nous emmène du côté de la dystopie. Il lâche aussi le dessin pour l’occasion et c’est un inconnu, Nicolas Gaignard, qui s’y colle et de façon très réussie.

Nos deux auteurs nous embarquent dans le Paris de 2050, dans une France dirigée d’une main de fer par une présidente qui a sorti son pays de la Fédération Européenne… Oui, on n’en est pas passé loin pour ce qui nous concerne, et c’est tout l’intérêt de cet album, qui sur fond de thriller dystopique nous fait réfléchir sur notre apathie et ce laisser-faire ambiant face à tout ce qui petit à petit se met en place et permettrait entre les mains d’un dirigeant malveillant de mettre notre pays au pas et de l’enfoncer dans une forme de totalitarisme.

C’est d’emblée l’ambiance imposée par le dessin et la mise en couleur de Nicolas Gaignard qui m’ont marqués. Son graphisme qui m’a rappelé par certains aspects celui de Frederik Peeters nous plonge dans une noirceur appropriée qui sert parfaitement le récit de Cyril Pedrosa. C’est en suivant Kader, personnage taciturne et secret que va évoluer l’intrigue. Soumis au Sérum, produit psycho-actif administré à tous les justiciables dans le cadre du programme Sécurité-Vérité, celui-ci est dans l’impossibilité de mentir… On comprend mieux son mal-être, surtout qu’il vient de divorcer…

Petit à petit, on découvre ce qu’est devenu notre pays à travers ce personnage et son quotidien. Et tout cela monte doucement en puissance et en tension, car derrière cette façade qu’il impose Kader a beaucoup de choses à cacher…

Un album fort et efficace qui met en lumière le savoir-faire de ces deux auteurs : à lire !

Betty Boob (Julie Rocheleau)

note: 4Un magnifique album sur un sujet difficile jerome - 8 novembre 2017

J’avais découvert le talent de Julie Rocheleau avec l’excellente série « La Colère de Fantômas » scénarisée par Olivier Bocquet et j’étais donc assez impatient de retrouver son coup de crayon si singulier. C’est cette fois-ci sur un scénario de Vero Cazot qu’elle laisse libre court à son savoir-faire et c’est de nouveau plus qu’une réussite !

« Betty Boob » aborde pourtant le thème difficile du cancer du sein mais de façon intelligente et subtile. Fi d’un pathos qui aurait pu plomber le sujet, Vero Cazot réussit le tour de force de nous faire rire d’un sujet grave et d’une façon plus générale de traiter de la différence et de son acceptation sociale, le tout sans un mot ! Vive la magie des BD muettes quand tout cela est conduit avec brio !

C’est là que le talent de Julie Rocheleau rentre en jeu, il n’y a qu’à voir cette magnifique couverture qui donne le ton. Et la suite n’est pas en reste ! Que se soient les découpages, les trouvailles graphiques pour souligner le propos ou l’expressivité des personnages, tout concourt à une fluidité narrative des plus efficace et ravit nos mirettes ! Et puis quel bonheur de retrouver ce style si particulier de Julie. J’adore son trait et son utilisation et la palette de couleurs qu’elle manie qui donnent à son dessin un style si particulier et une identité graphique reconnaissable au premier coup d’œil.

Bref, c’est une nouvelle fois conquis que je sors de cette lecture que je ne peux que chaudement vous recommander !

Chaussette (Anne Montel)

note: 4Un album tout en subtilité ! jerome - 5 octobre 2017

Avec "Chaussette" voilà sans doute une de mes meilleures lectures jeunesse de cette année !
Ou comment concilier de façon intelligente et de très belle manière poésie, sentiments, fraîcheur, mais pour traiter d'un sujet toujours difficile à aborder avec les enfants : la mort.

En effet, Loïc Clément a su trouver un angle parfait et subtil pour traiter ce sujet en lui redonnant toute l'humanité et la place qu'il mérite. Car s'il y a bien un truc qui m'énerve dans notre société toujours plus aseptisée c'est cette mise à l'écart grandissante d'un tel sujet... alors qu'il serait plus simple de poser les mots sur quelque chose d’inéluctable ou au moins quelques menus cailloux pour baliser un sentier trop souvent inconnu.

Et c'est très justement ce que réussissent Loïc Clément et Anne Montel avec cet album en trouvant un cadre et des personnages bien campés qui, je pense, parleront à tout le monde. Cette "Chaussette" (Josette "pour de vrai") avec son chien Dagobert sont infiniment attachants et son jeune voisin Merlin qui va faire office de narrateur va nous faire découvrir son quotidien. Ce petit côté "Amélie Poulain" peut-être dû à cette narration en voix off une bonne partie de l'album (j'suis pas plus fan du film que ça, mais c'est du côté "savourer les petits bonheurs du quotidien" dont je veux parler), nous transporte tranquillement jusqu'à ce que ce train train quotidien si bien huilé déraille... Qu'est-ce qui a donc bien pu pousser Chaussette à se comporter de la sorte ??? C'est ce que compte bien découvrir Merlin en allant trouver sa voisine... mais je n'en dévoilerai pas plus de l'histoire pour vous laisser le plaisir de le découvrir par vous même...

En tout cas, voilà un album très réussi, où l'équilibre entre le récit et le dessin est juste, chacun mettant l'autre en valeur. En effet, le dessin simple mais très expressif de Anne Montel rehaussé d'une colorisation dans les tons pastel colle parfaitement à l'histoire que développe Loïc Clément. J'ai beaucoup apprécié le souci du détail dans ses planches ; on y trouve toujours un petit détail qui fait au moins sourire ou qui vous rappelle quelque chose. Mais c'est ce genre de chose qui fait la différence et donne vraiment corps à une BD.

Alors oui, le fond de l'album n'est pas ce qui se fait de plus gai (et encore tout ça n'est que culturel), mais quand on réussit à parler de la mort d'une si belle manière, je ne peux que chaudement recommander la lecture de cet album, tant pour les grands que les petits ; moi je me suis régalé !

L'anniversaire de Kim Jong-Il (Mélanie Allag)

note: 4Un regard acéré sur la Corée du Nord jerome - 1 septembre 2017

Aurélien Ducoudray et Mélanie Allag signent ici un album fort, touchant et instructif.

C'est à travers le regard du tout jeune Jun Sang, âgé de 8 ans, que l'on va découvrir les coulisses et le quotidien de cette mystérieuse et menaçante Corée du Nord, qui régulièrement fait les gros titres de l'actualité.
Ce jeune garçon, né le même jour que le "père bien aimé" dans le pays où on ne souhaite pas les anniversaires, nous fait découvrir comment la population est dès son plus jeune âge formatée à la "toute-puissante" et "bienveillante" patrie nord-coréenne, face aux "cochons du sud" ou ces "chiens d'américains". Mais la vie de notre jeune Jun Sang qui paraissait toute tracée va finir par sortir de ces rails un brin trop rectilignes pour nous faire découvrir la triste réalité de ce régime, cachée derrière ces images d’Épinal officielles.

Aurélien Ducoudray, armé de sa solide expérience de photographe de presse nous propose encore un album qui fait mouche, appuyé par le trait étonnant de Mélanie Allag que je découvre ici. Son coup de crayon en parfaite adéquation avec le point de vue narratif choisit (celui de ce jeune enfant de 8 ans) sait imposer cette touche de légèreté propre à l'innocence de la jeunesse, tout en faisant ressortir de façon très expressive les travers et exactions de cette dictature.
Au fil des pages, l'expressivité des personnages rehaussé d'un jeu sur les couleurs judicieux nous laisse sans voix face à la stupidité sans nom de ce régime qui écrase et affame son peuple. La prise de conscience progressive de cet état de fait par notre jeune "héros" et les événements qui vont pousser sa famille à fuir sont emmenés progressivement dans une narration impeccable jusqu'à la conclusion intelligente et bien trouvée qu'on nous propose.

Un album brillant et subtil qui s'impose comme un incontournable pour entrapercevoir l'autre côté du miroir de ce régime tyrannique nord coréen.

L'Homme qui n'aimait pas les armes à feu - série complète n° 1
Chili con carnage (Paul Salomone)

note: 4Ca sent la poudre et l'aventure ! jerome - 4 juillet 2017

Moi qui suis loin d'être un grand amateur de western j'avoue avoir passé un excellent moment de lecture avec cette série. Comme quoi...

Car le premier tome de cette série est pour moi une vraie réussite : scénario et dessin vous choppent par le colbac et ne vous lâchent pas avant la dernière planche !
Des personnages truculents qui piquent notre curiosité, des rebondissements à foison mêlés de situations cocasses : tout est fait pour nous tenir en haleine ! Je connaissais le sens du récit de Wilfrid Lupano avec "Alim le tanneur", ou plus récemment l'excellente série "Les Vieux Fourneaux" et c'est bien parti pour suivre le même (très bon) chemin !
Quant à Paul Salomone, qu'on découvre avec ce titre, c'est plus qu'une bonne surprise !

Monstress - série en cours n° 1
L'éveil (Sana Takeda)

note: 4Passionnant et original jerome - 30 mai 2017

"Monstress", c'est avant tout pour moi un graphisme qui tape à l'oeil.. mais pas que...

Imaginez en effet une série mêlant habillement le comics, la dark fantasy, le steampunk et Miyazaki... Amateur des quatre, tout cela pouvait paraître bien ambitieux, et j'avoue qu'il m'aura fallu terminer ma lecture pour en apprécier pleinement la richesse.

Car "Monstress", un peu comme cette créature étrange qui "habite" notre héroïne, demande à se faire apprivoiser. On se retrouve au début largué dans cet univers complexe sans en posséder toutes les clés. Mais en s'accrochant, on finit par en comprendre les subtilités et la force. Marjorie Liu, en tant qu'écrivaine, sait construire un récit et sans pour autant nous prendre par la main, nous conduit là où elle veut, grâce à une intrigue bien ficelée, des personnages intéressants et un décorum d'une grande richesse.

Et puis il y a le dessin de Sana Takeda ! Wow ! Franchement, j'ai vraiment accroché ! Réussir à composer autant d'influences sur la trame que lui a concoctée par Marjorie Liu est déjà assez fort, mais il y a ce petit truc en plus qui fait que la magie opère pour nous proposer un dessin somptueux, complètement au service de ce récit.

A découvrir !

Dark Museum - série en cours n° 1
American gothic (Stéphane Perger)

note: 4L'art revisité... jerome - 2 mai 2017

En voilà une bonne surprise que cette nouvelle série chez Delcourt ! Ce premier tome de "Dark Museum" m'aura en tout cas pleinement convaincu !

Moi qui affectionne l'art et les illustrations, cette idée d'imaginer l'histoire qui se cache derrière un tableau est tout simplement géniale. Et je ne pouvais être mieux servi que par ce premier opus basé sur la tableau "American gothic" de Grant Wood qui m'a toujours impressionné depuis que je l'ai découvert. L'autre point fort de cette série c'est que chaque tome propose une histoire complète et peut donc se lire indépendamment.

Gihef et Didier Alcante ont tout simplement trouvé LA bonne idée, LA bonne histoire, avec toute la noirceur et la rancœur que m'ont toujours inspiré les deux personnages de ce tableau. Et le coup de crayon de Stephane Perger ainsi que sa magnifique mise en couleur à l'aquarelle donnent toute la force et le saignant imaginé par notre duo de scénariste. Certaines planches sont tout bonnement magnifiques malgré l'horreur représentée...

Avec une telle version, l'histoire de l'art n'aura bientôt plus de secrets pour personne :p

Harmony - série en cours n° 1
Memento (Mathieu Reynès)

note: 4Du mystèrieux comme je l'aime ! jerome - 5 avril 2017

Mathieu Reynès se la joue en solo avec cette nouvelle série fantastique, et ma foi cela lui réussit plutôt très bien. J'avais déjà apprécié son talent dans "La Mémoire de l'eau" et "La Peur Géante" où il se contentait du dessin, et c'est encore dans un registre différent qu'il s'illustre cette fois-ci au dessin et au scénario.

"Harmony" nous propulse dans la vie d'une jeune ado paumée qui se réveille sans aucun souvenir. Enlevée ? Séquestrée ? Malade ? C'est petit à petit que les écheveaux de ce mystère vont se démêler... tout en complexifiant le scénario au fil des deux albums parus à ce jour.
C'est franchement prenant, la tension narrative est des plus efficace et j'ai dévoré ces deux tomes ! Le dessin dynamique et semi-réaliste de Mathieu Reynès fait merveille et ses découpages bien sentis donnent au récit toute la vigueur nécessaire à ce genre d'histoire.

Alors, en attendant de voir comment tout cela se finira, je ne peux pour l'instant que vous conseiller la lecture de cette série qui a démarré sur les chapeaux de roue !

Shangri-La (Mathieu Bablet)

note: 5De la très grande SF ! jerome - 18 février 2017

Ahhh ba voilà ! Ça fait plaisir de tomber sur un aussi bon album de SF !

J'avais découvert Mathieu Bablet par le biais de la série "Doggy bags" également éditée chez Ankama, et j'avais déjà fort apprécié son travail ainsi que son coup de crayon si particulier. Certains lui reprocheront ses personnages un peu taillés à coup de serpe, mais moi j'aime bien ce côté singulier qui donne de la personnalité à son dessin. Surtout qu'ici, ses personnages évoluent dans des décors magnifiques qui donnent toute l'ampleur nécessaire à son récit.

Car oui, Mathieu Bablet nous sort ici le grand jeu pour un récit de science fiction qui ne ferait pas rougir les plus grands du genre. Et malgré quelques menus défauts qu'on pourra qualifier de jeunesse, cet album est une vrai réussite ! Oui, certains aspects de son scénarios peuvent sembler un peu trop appuyés par moment (je pense ici au côté société de (sur)consommation surtout), mais le reste est tellement bien construit qu'on oublie rapidement ces quelques aspérités.
J'ai pour ma part dévoré cet album et avalé ces 220 pages d'une traite ! Avec maintenant une seule envie, replonger dedans pour en apprécier les subtilités. Un album qui m'a par ailleurs rappeler un roman de Alain Damasio, "La zone du dehors", pour sa très bonne réflexion sur la révolte, la rébellion et jusqu'où l'engagement contestataire peut conduire, avec les manipulations politiques et les récupérations possibles.

Shangri-La constitue pour tout cela un des meilleur album SF qu'il m'est été donné de lire cette année. Un album à lire pour tout amateur du genre qui se respecte !

Les brumes de Sapa (Lolita Séchan)

note: 4Une rencontre riche et subtile jerome - 7 février 2017

Voilà un album qui tout comme notre jeune protagoniste vietnamienne se laisse apprivoiser lentement mais surement.

"J'étais partie me chercher et je l'ai trouvé elle" : voilà la phrase qui résume parfaitement ce parcours de vie. Lolita, jeune parisienne de 22 ans, ne sait pas quoi faire de sa vie et décide de faire un voyage au Vietnam pour tenter de donner un sens à sa vie et de se trouver. C'est à cette occasion qu'elle va faire la rencontre de Lo Thi Gôm, une jeune vietnamienne issue d'une des minorités opprimées du pays. Tout les oppose, mais pourtant cette rencontre va être le point de départ d'une relation durable qui va mine de rien changer la vie de chacune de ces jeunes femmes.

Appuyé sur un dessin assez minimaliste, tout au trait, sans couleur ni aucune case, le récit de la vie de Lolita et de ses allers-retours au Vietnam pendant dix années a fini par accaparer ma curiosité et mon intérêt. Ces deux destins emplis d'incertitudes, mais pour des raisons complètement différentes, se retrouvent liés de façon improbable que ce soit de par leurs relations amoureuses ou leurs parents. A ce sujet, l'album a d'ailleurs pris un éclairage encore différent quand, rendu aux trois quart de sa lecture, j'ai réalisé qui en était "véritablement" l'auteure ; la quête identitaire, moteur de cette BD, prend alors une nouvelle dimension.

Alors, si quelques menues longueurs peuvent se ressentir à sa lecture (vite oubliées par ailleurs), cette BD reste des plus agréable à lire grâce à la qualité de la retranscription des questionnements et des rencontres proposés, tout cela dans un style graphique épuré qui colle parfaitement au récit.
Je recommande !

Traquemage - Série complète n° 1
Le Serment des Pécadous (Relom)

note: 4Vous avez dit Rural Fantasy ? jerome - 6 janvier 2017

Avec "Traquemage", Lupano et Relom nous la jouent pizza trois fromages !

Prenez une belle pâte prête à modeler en la personne de Pistolin, notre berger aspirant chevalier (bon, ok, y'a du boulot...), une bique acidulée répondant au nom de Myrtille et ajoutez une fée plus Pochette que Clochette tant son penchant pour la boutanche la rend ridiculement efficiente. Saupoudrez de hordes de monstres à la solde de sorciers se livrant bataille sans se soucier le moins du monde du reste du monde. Touillez très fort, et n'oubliez surtout pas une laaaarge rasade d'humour pour pimenter le tout ! Y'a plus qu'à enfourner et servir chaud !

Ce savant mélange labellisé "Rural Fantasy", s'il peut paraître surprenant expliqué comme ça se laisse plutôt bien digérer à la lecture. Cela tient en grande partie à la brochette des personnages plutôt truculents imaginés par Lupano qui évoluent dans un univers bien pensé ; ajoutez à cela son sens du dialogue bien rôdé et vous avez tout pour passer un très bon moment de lecture.
Surtout que tout cela est très bien mis en image par Relom dont je ne connaissais pas le travail. Son trait précis et son sens du détail dans les décors donnent à cette aventure foutraque l'élan et la subtilité nécessaire pour que la farce prenne et donne corps à cette recette improbable.

Reste à voir ce que la suite de cette série donnera après un démarrage sur les chapeaux de roue !

Bots - série en cours n° 1
Bots (Steve Baker)

note: 4Des robots, encore des robots, toujours des robots ! jerome - 6 janvier 2017

C'est un peu par hasard que je suis tombé sur cette BD chez mon libraire en cherchant quelques nouveautés du côté des ados. C’est d’abord la couverture qui m’a fait de l’œil, puis le nom D’Aurélien Ducoudray au scénario qui m’a décidé (j’ai un petit faible pour ses scénarios :p ).
Et j’ai bien fait ! Car derrière ces allures de BD pour jeunes enfants, on a là une BD parfaitement calibrée pour les ados (voire les éternels ados qu’on reste…), surtout quand on aime la SF !!!

C’est pep’s, drôle et très bien rythmé, si bien qu’on se laisse rapidement embarquer dans cette histoire de bots qui ont supplantés l’espèce humaine qu’ils ne connaissent même plus… Sauf que voilà, il semblerait que celle-ci ne soit pas encore tout à fait éteinte malgré la guerre éternelle qui semble se perpétuer… J’ai beaucoup apprécié le jeu des dialogues parsemé de jeu de mots et de références (qui donnent d’ailleurs plusieurs niveaux de lecture, à la façon dessin animé, où seuls les adultes comprendront les références glissées). Dialogues qui prendront d’ailleurs parfois forme d’onomatopées ou de pictogrammes pour notre plus grand plaisir.

Surtout que le dessin de Steve Baker impose une ambiance que j’ai trouvé juste parfaite. Son trait dynamique, la diversité de ses bots donne vie à cet univers numérique et mécanique qu’on découvre au fil des pages.

Bref, une très bonne surprise, qui ne demande qu’une suite rapide !!!

Wonder (Elodie Durand)

note: 4Mai 68 : tout semble possible... jerome - 6 janvier 2017

François Bégaudeau et Élodie Durand nous livrent avec "Wonder" un album assez surprenant, tant par la forme que par la façon d'aborder mai 68.

C'est au travers du regard de Renée, jeune ouvrière à l'usine de piles Wonder que nos auteurs vont poser leur regard et nous faire partager sa progressive émancipation. Sans s’attarder plus que ça sur les événements, les manifs et les aspects politiques de ce moment historique, c'est plus sur les enchainements inopinés dans le quotidien de la jeune femme qu'on va ressentir et partager son cheminement progressif vers ses nouveaux choix de vie. Elle va en effet se voir entraîner dans tout ça un peu de façon imprévue et côtoyer des gens qu'elle n'aurait jamais rencontrés si mai 68 n'était pas passé par là.

C'est fin, subtil, tant dans la narration que dans le traitement graphique soigné d'Elodie Durand. On se laisse tranquillement embarquer, comme notre jeune "héroïne" rebaptisée Wonder par ses compagnons d'émancipation, et tout comme elle, on passe de cette vie toute tracée, morose et noire, à une vie où tout semble possible et à conquérir. Les découpages et les partis pris de la colorisation donnent à cet album toute la force nécessaire pour soutenir pleinement ce récit avec une originalité des plus appréciable.

The time before (Cyril Bonin)

note: 4Et si vous pouviez remonter dans le temps ??? jerome - 6 janvier 2017

Avec "The Time before", Cyril Bonin nous propose de revisiter un classique du genre : pouvoir maitriser le temps. Ici, non point de voyage à travers les grandes périodes de l'histoire, mais juste de quoi accommoder son quotidien pour parfaire son existence. On a tous à un moment donné regretté un choix ou un événement ; ici notre photographe va savamment utilisé le talisman qu'il aura reçu pour corriger ses erreurs et ainsi réussir sa vie.

Ça parait tout couillon raconté comme ça, mais loin d'un sensationnalisme qui aurait certainement voué ce one shot aux oubliettes, le talent de Cyril Bonin (ici au scénario et au dessin) réussit à nous faire passer un très bon moment de lecture grâce à un savant dosage du fantastique et une narration efficace. De plus, son trait colle parfaitement à l'ambiance et sa colorisation des plus réussie finit de donner à l'ensemble la cohérence nécessaire pour la réussite de cet album.

Un très bon moment de lecture, très agréable à l’œil en prime, ce qui ne gâche rien ! A découvrir !

Alice Matheson - série complète n° 1
Jour Z (Philippe Vandaële)

note: 4Un thriller où les zombies s'invitent ! jerome - 6 janvier 2017

Encore une BD sur les zombies me direz-vous... oui, mais là, le mélange des genres est plutôt réussit ! Car ce thriller prenant place dans un hôpital londonien va vite sortir de son cadre quand notre jeune protagoniste va commencer à voir se relever les patients qu'elle assassine...

No Body - Saison 1 complète - Série en cours n° 1
Soldat inconnu (Christian de Metter)

note: 4Le thriller de l'hiver ! jerome - 2 décembre 2016

Voilà une BD qui m'a vraiment accroché ! D’emblée j'ai été scotché par cet album vraiment bien fichu !

De Metter nous immerge très rapidement dans ce thriller construit à la manière d’une série télévisée. En fait, il compte réaliser des saisons sans personnages récurrents. Ce premier volume sera suivi de trois autres pour composer la première saison. Trois autres saisons suivront avec des contextes et des protagonistes totalement différents.

Dans ce premier tome, on est tout de suite saisi au colback grâce à un personnage principal qui a de la gueule, une psychologue qui m'a doucement fait penser à la jeune Clarice Starling du "Silence des Agneaux" et une plongée en flashback dans l’Amérique de la fin des années 60. Tout ça s'enchaîne parfaitement et on est très rapidement plongé dans cette histoire où tout semble être construit et tourner autour de l'identité, des apparences, la confiance, la trahison et la disparition.
Je ne vous en dirais pas plus sur l'histoire pour vous laisser le plaisir de la découverte totale qui fait la saveur du genre, mais pour ce qui me concerne j'ai vraiment hâte de lire la suite.
Surtout que côté graphique, le style très personnel de De Metter qui peut surprendre au début, m'est de plus en plus agréable à l’œil et colle parfaitement à ce récit noir et très bien structuré.

Un des meilleur thriller en BD lu ces derniers temps, en espérant que la suite soit du même tenant !

Billy Brouillard n° 1 (Guillaume Bianco)

note: 5Un univers sans pareil ! jerome - 3 novembre 2016

Avec cette collection "Métamorphose", Soleil m'a littéralement conquis. L'objet en lui-même est déjà une réussite. Un format non formaté justement ; un air de vieux bouquin qui colle à merveille à l'univers de Guillaume Bianco ; un one-shot qui n'est pas avare de planches, où viennent se mêler des pages du journal de Billy, de fausses pages de journal, des poèmes illustrés...
Bref, au final, cette BD est un véritable coffre à bijoux, aux éclats "Burtoniens", mais qui a su composer un univers personnel. Non, nous ne sommes pas dans la pâle copie. On est chez Billy. Après être allé trifouiller du côté de chez la Faucheuse, Billy s’en vient tirer la barbichette à nos croyances, et plus particulièrement à celle du Père Noël…

Un grand merci donc à Mr Guillaume Bianco pour ces purs moments d'évasion et la qualité de son travail. Car c'est vraiment l'originalité et son coup de patte si personnel qui forgent ce résultat si déroutant et percutant.

Piège nuptial (Christian de Metter)

note: 4Une bonne adaptation jerome - 4 octobre 2016

Avec Shutter Island, "Piège nuptial" est sans doute une des meilleures adaptations de la collection Rivages Noir de chez Casterman. Mon seul regret concernant cette adaptation du roman de Douglas Kennedy, c'est qu'ils n'aient pas repris le titre d'origine, 'Cul de sac' que je trouvais beaucoup plus pertinent et mystérieux que ce "Piège nuptial" que je trouve un peu trop bavard...
Sorti de cette remarque, l’adaptation est très fidèle. Christian De Metter a parfaitement saisi l’essence de ce polar pour nous en restituer l’ambiance pesante et écrasante. Car entre ce décor du désert australien et les personnages tous plus tarés les uns que les autres cloitrés dans ce coin paumé, on ne sait pas qui est le plus plombant. Et c’est dans ce merdier sans nom que Nick, touriste américain, va venir s’enliser…
Car il est vraiment mal barré notre Nick, et on se demande vraiment comment il va faire pour s’en sortir. C’est toute cette angoisse qui est parfaitement rendue par le dessin et la mise en couleur talentueuse de De Metter. On a mal pour lui, on sue à grosses gouttes pour lui et on s’accroche au récit comme lui à l’infime espoir qui le maintien en vie pour espérer sauver sa peau.
Une très bonne adaptation dont je conseille chaudement, Australie oblige, la lecture, un petit rafraichissement à portée de main.

Ô vous, frères humains (Luz)

note: 4Une grande adaptation ! jerome - 3 septembre 2016

Avec cette adaptation de "Ô vous, frères humains" d'Albert Cohen, Luz nous en met plein la tronche. Car ce texte édité en 1972 nous racontant la très brutale expérience de l'auteur avec l'antisémitisme le jour de ses dix ans, est malheureusement toujours d'actualité...

C'est avec un trait très personnel, tout en noir et blanc, articulé autour d'une mise en page des plus somptueuse que Luz s'approprie le texte d'Albert Cohen. Il le fait si bien qu'il se contente juste de quelques mots de ci, de là, eux aussi déformés graphiquement pour encore mieux accentuer son propos. Plus besoin de texte pour souligner la bêtise, la violence et le mal qui découlent de ce racisme primaire, ils s'imposent d'eux même sur chaque page en écrasant ce pauvre Albert de dix ans qui prend conscience pour la première fois de sa vie de la haine.

Choix audacieux mais judicieux que celui de faire abstraction du texte pour mieux nous talocher et nous faire pleinement ressentir ce que cet enfant vient de subir. Ses compositions de planches arrachant un faux air de Sempé torturé sont d'une efficacité redoutable et accentuent d'autant plus le texte d'Albert Cohen qui clôt cet ouvrage et que reprend pour le coup mot pour mot Luz. C'est simple, mais d'une force singulière.

Je ne peux donc qu'en conseiller fortement la lecture !

Le sculpteur (Scott McCloud)

note: 4Faust revu et corrigé... jerome - 12 juillet 2016

Si l'objet physique est impressionnant (un bon gros pavé de 500 pages), son contenu n'est pas en reste non plus ! Je me suis lancé dans cette lecture en me disant qu'elle me ferait la semaine... je l'ai dévoré dans mon après-midi dominical !

Car cette version revisitée du mythe de Faust, si elle a forcément un côté "déjà vu" a su trouver sa place en s'ajustant à la clé de voûte choisie par Scott McCloud : la création artistique. Après tout quoi de plus juste et tentant que de faire pactiser l'"artiste maudit" et la mort/le diable ? Le faire et le défaire liés par CDD...

Et c'est cette réflexion sur la création, habillement habillée d'une histoire d'amour plutôt bien fichu, qui m'a plu. Sans trop donner dans le didactique ni se contenter de survoler le sujet ou de s'en servir comme béquille pour son récit, McCloud questionne, tend des perches, réfléchit... tout comme son personnage. Nulle certitude... juste une échéance. Car l'art, comme David notre protagoniste, est de fait pieds et poings liés à cette notion de temps. Le temps pour faire ; le temps pour être reconnu de son vivant ; et objectif ultime, marquer l'éternité de son œuvre.

C'est tout ce questionnement que met en branle Scott McCloud à travers cet album. Grâce à des personnages riches psychologiquement et un savoir faire narratif impressionnant, il nous déroule son histoire comme si tout semblait aller de soi. Tout s'imbrique et se nourrit pour nous conduire vers la fatalité de cette fin impeccable. Graphiquement, la bichromie blanc/bleu choisie, si elle surprend de prime abord, fonctionne au final merveilleusement avec des compositions et des cadrages maîtrisés. Pour quelqu'un attendu au tournant pour sa théorisation de la BD, on peut dire que la mise en pratique est plus que probante !

Je viens tout juste de finir cet album, et je n'ai pourtant déjà qu'une envie : le relire !
Et je ne peux que vous inviter à en faire autant !

Dolorès (Bruno Loth)

note: 4Mémoire retrouvée... jerome - 7 juin 2016

Après avoir déjà traité de la Guerre Civile espagnole avec sa série "Ermo", Bruno Loth revient enrichir son approche du sujet, mais en s'attachant cette fois-ci à l'immigration forcée de nombre d'espagnols fuyant la dictature franquiste qui s'installait dans le sang.

Avec Dolorès, Bruno Loth réalise un travail riche sur la mémoire et l'oubli, par le prisme de l'immigration et l'histoire de cette femme qui a complètement enfoui son passé et occulté cette tragique expérience à ses enfants. S'inquiétant des troubles et de ses soucis de santé, le personnel soignant qui s'occupe d'elle va pousser l'une de ses filles à s'enquérir du passé de sa mère ; car fait troublant, celle-ci s'est mis à parler en espagnol régulièrement depuis quelques temps et se fait appeler Dolorès... A partir de là, sa fille va petit à petit démêler l'écheveau du passé de sa mère, découvrir ses origines espagnoles et la fuite de son pays d'origine due à la guerre d'Espagne.

Bruno Loth nous propose ici un album très bien construit mêlant fiction et Histoire. Cette réussite tient aussi à son implication personnelle puisqu'il est parti passer plusieurs mois en Espagne pour étayer son récit et qu'il a habillement inclus dans cette quête les témoignages des personnes qu'il a rencontré.

Un très bon album sur un sujet qui résonne tristement avec notre actualité, servi par un dessin simple et efficace tout en noir et blanc coloré en sépia, ce qui à mon sens colle parfaitement avec cette reconstitution d'un passé qu'on a voulu effacé.

Corps et âme (Jef)

note: 5Un polar efficace jerome - 7 mai 2016

Prenez un tueur à gage, Franck, réputé pour son savoir faire et son professionnalisme qui malgré tout cela va être à son tour la victime d'une vengeance. Et c'est la forme particulière de cette vengeance qui va donner tout le piquant à cet album... Je vous en laisse la surprise...
Car une fois "remis" du sale tour qu'on lui a joué, Franck va tout faire pour retrouver celui ou celle qui en est à l'origine et se faire justice.
C'est très bien mené, la narration est impeccable et on est happé par cette histoire de bout en bout. D'autant que le dessin de Jef sert à merveille ce récit. Son trait réaliste est rehaussé de couleurs qui campent parfaitement les ambiances noires et souvent violentes et imposent une atmosphère de polar très efficace.

L'été Diabolik (Thierry Smolderen)

note: 4Attention, Polar vintage ! jerome - 6 avril 2016

Encore une très belle réussite que nous proposent Thierry Smolderen et Alexandre Clérisse !

Après "Souvenirs de l'empire de l'atome" que j'avais déjà énormément apprécié pour son originalité et ses qualités tant graphiques que scénaristiques, nos deux comparses changent de registre pour passer de la SF au thriller/espionnage. Si le genre n'a rien à voir, le savoir faire est toujours au rendez-vous !

Toujours dans son registre graphique si particulier, Alexandre Clérisse impose ses couleurs et ses lignes, toujours aussi savamment, mais toujours en harmonie et en parfait accord avec le récit. Il sait lui donner corps et imposer ce contraste remarquable entre ce fond tragique et noir concocté par Thierry Smolderen et la palette qu'il utilise.

C'est beau, intelligent, subtilement dosé et distillé, en utilisant l'Histoire à bon escient : un thriller servi sur un écrin comme j'aimerais en découvrir plus souvent !

Love in vain (Mezzo)

note: 4Un album parfait ! jerome - 1 mars 2016

C'est juste du bonheur en barre, ou plutôt en pages. Enfin, pour ce qui concerne le lecteur... Car pour Robert Johnson ce fut tout autre chose. Un mot qui ne fait malheureusement pas partie de la gamme majeure...

Rien que l'objet pour commencer. Glénat nous gratifie d'un magnifique format à l'italienne, que j'affectionne tant. Papier de qualité, présentation soignée : c'est déjà un plaisir que d'avoir cet album en main.

Ensuite viennent nous sauter à la gueule les magnifiques planches en noir et blanc de Mezzo. C'est juste bluffant. J'avais eu la chance l’an passé de voir l'exposition de ces planches lors du Festival d'Angoulême, et j'avais déjà été subjugué par leur force. Moi qui étais déjà fan de son travail, je ne peux ici que m'incliner devant la qualité de son trait, de ses cadrages et des compositions, et de sa gestion des noirs. C'est d'une rare expressivité et d'une intensité qui rend hommage de la plus belle des façons à cette légende du blues. On est complètement plongé dans l'univers dur et impitoyable, surtout pour les noirs, de cette Amérique du début du XXe siècle, et l'on comprend aisément d'où le blues a pu tirer ses racines...

Un album envoûtant graphiquement, et parfaitement réglé au niveau de la narration. Pas un instant ne nous traverse l'idée de poser cet album... On le dévore d'un bout à l'autre, jusqu'à cette conclusion bien amenée qui rend tout simplement hommage à la légende qui s'est construite autour de Johnson.

Une perle dans un écrin de velours à ne surtout pas manquer.

Zaï zaï zaï zaï (Fabcaro)

note: 4Humour absurde par excellence :) jerome - 20 janvier 2016

Voilà un album surprenant ! Fabcaro, toujours aussi barré et efficace dans l'absurde nous concocte là un album qui prend à parti notre quotidien en exacerbant ses travers les plus menus pour pointer du doigt de façon subtiles des folies et non sens de notre société.

C'est toujours aussi désarçonnant, que ce soit de par les dialogues qu'il nous sert ou les situations qu'il propose, et le fou rire n'est du coup jamais très loin. Mais c'est vrai quoi, qu'elle idée aussi d'oublier sa carte du magasin en allant faire ses courses !!!??? Faut être inconscient !!

Le dessin minimaliste et l'utilisation d'une seule couleur marron/vert pour accompagner son noir et blanc donne la part belle à son histoire loufoque. Ses personnages aux visages presque absents sont pourtant très expressifs ; que ce soit dans les postures, les positions des mains (sur lesquelles il délire par ailleurs) ou des corps, son trait minimaliste dégage énormément en intention et assoie le tout de manière remarquable.

Alors, si une bonne tranche d'absurde et de rigolade vous tente, je ne peux que vous renvoyer vers cet album qui colle parfaitement avec cette phrase d'Audiard que j'affectionne particulièrement : "Heureux les fêlés car ils laissent passer la lumière"

L'Homme Montagne (Amélie Fléchais)

note: 4Ouhhh la jolie pépite !!! jerome - 24 novembre 2015

Sans doute le meilleur album jeunesse de cette année à mon goût ! Original, beau et intelligent : ça commence à faire beaucoup pour un seul et même album jeunesse ! On n'a plus trop l'habitude !

Déjà, je me disais bien que le graphisme me disait quelque chose. Et c'est en allant farfouiller sur BDthèque que j'ai retrouvé l'avis que j'avais rédigé sur "Chemin perdu" ; Amélie Fléchais y faisait déjà merveille et m'avait laissé sur une très bonne impression. Elle s'adjoint ici le talent narratif de Séverine Gauthier dont j'avais beaucoup apprécié la collaboration avec Thomas Labourot sur "Mon arbre" et "Garance". Je partais donc déjà sur des bases solides pour attaquer cette lecture ; restait à voir ce qu'allait donner cette équipe de choc.

Et bien c'est une réussite complète ! Les deux auteures nous embarquent dans un monde onirique des plus réussi. Nous sommes en plein conte initiatique où un petit fils veut aider son grand père, homme montagne, à réaliser son dernier voyage. Pour cela, il va devoir laisser son grand père pour lui ramener le vent qui souffle tout en haut de la montagne, pour qu'il réalise ce dernier périple. Celui-ci sera forcément semé d'embûches et de rencontres pour parvenir au bout du compte au terme de sa mission.
Mais loin de suivre un chemin linéaire, cet album sait nous réserver des surprises. Cela ajoute encore à la valeur de cette histoire déjà riche par les sujets abordés de façon simple mais subtile, qui toucheront tout autant petits et grands.

Tout ceci nous est en plus servi dans une pochette graphique que j'ai énormément apprécié. D'une part il est original, mais il est en plus d'une grande qualité narrative. Certaines planches en pleine page sont tout simplement magnifiques et d'une grande richesse. D'autre part, il sert parfaitement le ton fantastique et onirique que déploie Séverine Gauthier pour composer son récit.

Vraiment un bel album à offrir pour des enfants, ou pour soi même pour se faire plaisir

Enola et les animaux extraordinaires n° 1
La gargouille qui partait en vadrouille (Lucile Thibaudier)

note: 4"Enola et les animaux merveilleux" : une petite série jeunesse vouée à devenir grande ! jerome - 24 novembre 2015

Si à mon goût la couverture n'est pas à la hauteur de son contenu et la dessert un peu, c'est du coup une agréable surprise quand on attaque sa lecture. Lucile Thibaudier donne vie de façon très colorée et tout en poésie aux aventures que nous a concoctées Joris Chamblain. Ce dernier n'en est pas à son coup d'essai, car son autre série du moment "Les Carnets de Cerise" caracole un peu partout dans les librairies de façon très méritée.

Ici, nous faisons connaissance avec Enola, une vétérinaire un peu spéciale : elle soigne les animaux des contes et légendes ! Dans ce premier opus, c'est une gargouille qu'elle va devoir "soigner", ou plutôt comprendre la raison de ses agissements. Tout cela est très dynamique, plein d'humour et construit sur une narration très efficace qui plaira à coup sûr à un public que je ciblerai dans la tranche 8-10 ans idéalement. Le seul reproche que je ferais c'est sa faible pagination (32 p.) ; on a vite fait le tour de ce titre, surtout quand on est un adulte... Après, ça ne m'a pas empêché d'apprécier cet album pour toutes ses autres qualités !

Vivement la suite !

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